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Les causes des guerres et de l’insécurité à l’Est de la RDC Une enquête faite par 18 clubs des jeunes dans la ville de Goma

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Les causes des guerres et de l’insécurité à l’Est de la RDC

Une enquête faite par 18 clubs des jeunes dans la ville de Goma

Par Bernardin Ulimwengu Biregeya et Jacques Rumashana

Introduction

Depuis environ deux décennies, l’insécurité et la guerre restent récurrentes dans l’Est de la RDC, avec tout leur cortège de victimes.  Cette situation a interpellé et interpelle encore les milieux politiques nationaux et internationaux qui y consacrent d’innombrables sommets de dialogue, de  consultation, d’accords et de concorde. Dans tous ces sommets, on n’entend pas la voix des populations qui pourtant paient un lourd tribut à la guerre en termes de cruautés, de carnages, de traumatismes et de misères. Même la société civile qui prétend parler au nom de ces laissés-pour-compte s’est politisée au point de ne parler que sous les chapiteaux des pouvoirs publics ou des oppositions politiques. Les masses sont devenues le peuple du silence dont on a de la peine à entendre à prendre en compte les analyses et les aspirations. Les instances politiques et les sociétés civiles ne les écoutent pas vraiment, surtout pour saisir leur vision de la situation et leurs propositions sur les remèdes possibles. Au fond, on veut faire leur bonheur à leur place, en n’oubliant, comme disait Gandhi, que « faire quelque chose pour quelqu’un sans lui, c’est le faire contre lui ».

Pole Institute, l’Institut interculturel dans la région des Grands Lacs, a décidé de rompre avec cette logique en lançant un grand projet dénommé « Action citoyenne pour une paix dans la région des Grands Lacs ». Dans le cadre de ce projet, une vaste recherche a été lancée auprès des populations pour les interroger sur leur perception des causes et des enjeux de la guerre dans l’Est de la RDC.

Plus précisément, 18 clubs de réflexion de jeunes dans la ville de Goma ont été organisés dans divers quartiers pendant une période de neuf semaines, en raison d’une séance par semaine, pour parler avec les populations au sujet de la guerre et de la manière dont elles la vivent.  Il s’agissait, en quelque sorte, d’une autopsie grandeur nature des causes et enjeux des guerres à répétition, afin de recueillir des propositions de solutions. Au bout de cette enquête de terrain, une grande séance plénière a été organisée : elle a eu pour but d’analyser le travail accompli et d’évaluer ses incidences pour une action des jeunes en vue de la paix.

Le présent rapport est consacré à rendre compte du déroulement et des résultats de la recherche entreprise.

Objectif de la recherche

Dans la manière dont la recherche avait été conçue, l’objectif fondamental était de comprendre la vision que les populations avaient de la situation de guerre dans l’Est du  pays. Pour ce faire, il fallait :

  • former des clubs de réflexion au niveau du lieu de résidence de chaque jeune participant ;
  • organiser une séance de réflexion hebdomadaire au sein de chaque club pour suivre le déroulement de la recherche ;
  • réfléchir, dans le club lui-même, sur les causes de la guerre à l’Est de la RDC, en poussant chaque jeune à s’exprimer clairement sur le sujet en confrontant sa vision avec celles des populations ;
  • débattre entre jeunes sur la manière dont ils perçoivent les comportements des populations au cours de l’enquête ;
  • élaborer et remettre aux Superviseurs les rapports hebdomadaires d’activités de chaque club, afin de tout centraliser et de tout compiler pour une analyse en profondeur ;
  • remettre un rapport-synthèse à Pole Institute, en vue de réussir d’analyse globale rassemblant tous les enquêteurs.

Hypothèses de départ dans le contexte actuel  de l’Est

En lançant l’enquête, nous avions un cadre théorique dont les hypothèses de départ consistaient à penser toute guerre selon une complexité de causes et un faisceau d’enjeux dont il s’agirait de mesurer le poids selon le degré de récurrence de leur évocation par les acteurs sociaux qui vivent concrètement les situations. Dans cette perspective, comme le fait remarquer Jean-Jacques Wondo, – analyste politique spécialisé en matières géostratégiques et militaires -, le constat est que la RDC reste encore le foyer de nombreux conflits qui fragilisent sérieusement la région d’Afrique Centrale et dont les conséquences pourraient engendrer l’insécurité sur le plan international. Les causes de ces conflits sont multiples et multiformes et elles ont déjà identifiées par de nombreux analystes. Il s’agit principalement des facteurs suivants : fragilité du système politique, pauvreté accrue et endémique, position transfrontalière des groupes armés, mauvaise gouvernance, absence des structures d’État et d’autorité de l’État (armée, police, justice…), mauvaise répartition des richesses, disparités sociales. On peut ajouter à cela d’autres facteurs : antagonismes et tensions  ethniques, mauvais règlement de litiges fonciers ou territoriaux, convoitises des ressources naturelles par les pays  voisins  de la sous-région et par certaines puissances émergentes, mouvements rebelles ou autres mouvements terroristes…[1] Mais comment sortir d’une simple énumération à la Borges pour construire un système d’explication crédible et convaincante dans la perspective de construction de la paix ? C’est à cela que devait servait l’enquête comment dynamique de clarification, de hiérarchisation et de déconstruction des mécanismes de causalité dans l’esprit des populations.

Une réflexion du Kä Mana est à ce niveau très éclairante : : « Quand on décide de réfléchir sérieusement sur les guerres à l’est de la RDC d’un point de vue plus élevé ou plus profond que ceux du discours politique officiel ou de la rumeur populaire en vogue, écrit-il, on se trouve confronté à la question fondamentale pour une pensée tournée vers l’avenir, qui cherche à donner un sens aux tempêtes et aux fureurs d’une situation en apparence absurde. Cette question est la suivante : notre pays peut-il donner vraiment un sens à l’extermination de plus de six millions de ses habitants dans des guerres à répétition dont rien n’indique aujourd’hui qu’elles vont s’arrêter à plus ou moins brève échéance ? Quel peut être ce sens et sur quel socle pourra-t-il reposer ? »[2]

 

Enquêter sur les causes et les enjeux de la guerre revient ici à dégager la logique de l’action et à comprendre le sens les acteurs donnent à leurs pratiques selon la perception des populations. On va ici au fond des choses et on voit les perspectives de la paix à partir de cette vision. Une enquête qui ne va pas dans ce sens perd toute fécondité dans la construction de la paix.

 

Dans sa réflexion, Kä Mana note que depuis l’Etat indépendant du Congo sous le roi Léopold II jusqu’à nos jours, la RDC a connu quatre types de guerre :

  • Celle des révoltes contre le système léopoldien de terreur prédatrice, contre le système colonial d’exploitation du Congo par la Belgique et contre le système de dictature néocoloniale mobutiste ;
  • Les guerres d’intérêts politico-tribaux ou économico-financiers de dimension nationale, régionale ou mondiale ;
  • Le troisième type de guerre n’est pas vraiment une guerre du genre de conflagration armée, mais une situation sociale permanente de violence aussi meurtrière et aussi destructrice que les conflits armés ;
  • Enfin, la guerre des esprits, la confrontation des puissances mentales et des énergies de l’imaginaire. Ce fut la guerre de Kimbangu contre le système militaro-sécuritaire belge en plein ordre colonial. Ce fut aussi la guerre de Lumumba contre le néocolonialisme, tout comme celle de Tshisekedi contre le régime de Mobutu et ses successeurs.[3]

Avec ce panorama, l’important pour une enquête n’est pas de dire seulement à quel genre de guerre on est confronté, mais de dénicher, par une recherche rigoureuse au sein des populations, la réalité que constitue la forêt qu’il y a derrière l’arbre  représenté par chaque guerre dans l’Est de la RDC. L’important, c’est justement la forêt et c’est elle que l’enquête doit donner à voir. C’est dire que la solution véritable pour la paix ne saurait aucunement résulter de diagnostic partiel. Raison pour laquelle, à la suite d’analyses de scientifiques, il est utile que l’on sache ce que le commun de mortels – surtout les jeunes -, pense des causes véritables de la guerre,  afin de voir sur quel pallier jouer en vue de la paix sans laquelle la situation ne pourra qu’aller que de mal en pis. On pourra ainsi relier les approches des politiques et des intellectuels au tuf du peuple dans sa propre vision des problèmes.

 

C’est là le cadre spatial. Mais il faut le lier à l’approche temporelle qui vise à saisir ce qu’André Chéradame appellerait Les causes lointaines de la guerre indissociables de ce qu’Ernest Denis nomme Causes immédiates de la guerre. Il n’y a pas de réussite de l’enquête si ce schéma spatio-temporel ne met en lumière la configuration totale d’une situation.

 

Par ailleurs, comme le dirait Machiavel, il est impossible d’organiser une armée de manière qu’on puisse compter qu’elle ne puisse être défaite. Ainsi vos  hommes si sages ne doivent pas mesurer l’inutilité d’un tel système à une défaite unique ; mais ils devraient se persuader que, comme on a été battu, on peut être également vainqueur, et que l’essentiel est d’écarter les causes de la défaite. S’ils voulaient  bien rechercher ces causes, ils verraient qu’elles ne proviennent pas du vice de la mesure, mais de ce qu’un tel ordre n’avait pas toute sa perfection. Et, ainsi que je l’ai dit, ils devaient y remédier, non en blâmant l’ordonnance en elle-même, mais en corrigeant ses défectuosités[4].

Partant, les causes de la défaite, les causes de la guerre ne peuvent être écartées que dans la mesure où elles sont effectivement identifiées. A ce point de vue cependant, les simples traités ou accords ne suffiraient, étant donné qu’au dire du penseur florentin, on peut citer une infinité d’exemples modernes, et alléguer un très  grand nombre de traités de paix, d’accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l’infidélité des princes qui les avaient conclus[5]. Aucune démonstration n’est nécessaire pour dire que la situation de la RDC n’est pas contraire à cette thèse. Il faut donc aller au-delà de ce que disent les traités pour savoir ce que pense le peuple. C’est de bonne théorie.

[1] Jean-Jacques Wondo, « La RDC, otage des enjeux géostratégique » article consulté en ligne ce 8 juillet 2013.

[2] Kä Mana, « A l’Est de la RDC, la guerre nous interpelle pour une paix durable », article consulté en ligne sur http//profkamana.blogspot.co.uk.2013.01/  ce 07 mars 2013.

[3] idem

[4] Nicolas Machiavel, L’art de la guerre, I : Nécessité d’une armée nationale, in Le Prince et autres textes, p.110. Consulté en ligne sur http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

[5] Nicolas Machiavel, Le Prince, p.70.

Méthode de travail

La réalisation de la recherche par les jeunes est passée par l’organisation d’un atelier de réflexion et de débat pendant deux jours, à travers la projection de vidéo-conférences portant sur les enjeux de la guerre et l’approche à adopter pour le changement. Des réflexions en carrefours de jeunes suivis d’exposés ont été organisées à la suite de chaque vidéo-conférence.

A la même occasion, les participants ont été initiés aux méthodes d’animation des groupes. Les facilitateurs ont parlé des principes de base à respecter lors de l’animation des débats au sein des clubs. Il a également été question de la manière dont il convient de gérer différents types d’interlocuteurs en fonction de leur caractère et tempérament. Pour cela, un guide d’animation des séances leur a été proposé à titre illustratif. Enfin, un canevas de présentation du rapport hebdomadaire leur a été  offert.  C’est après cela qu’ils ont été envoyés sur terrain au niveau de leurs quartiers respectifs pour former des clubs de réflexion et organiser des séances hebdomadaires de réflexion et  d’action.

Les clubs de réflexion en question ont été mis en place, avec, en vue, un effet boule de neige probable, dans l’espoir que les jeunes ayant participé aux clubs de réflexion essayeraient, chacun et dans une certaine mesure, de répercuter le message auprès d’autres personnes – jeunes et adultes -, en commençant par ceux de sa famille.  En ce sens, le message de la nécessité du changement social par la paix se généralisait sur un bon nombre de citoyen. On viserait ainsi un changement progressif pour le rétablissement de l’ordre et la paix non seulement à l’Est de la RDC, mais aussi sur l’ensemble du pays, et sur toute la région des Grands Lacs. Les séances étaient organisées, non le même jour partout, mais plutôt en fonction de la disponibilité des participants, selon des rythmes différenciés qui permettaient des échanges d’informations sur les attitudes à adopter et les stratégies à améliorer.

Résultats

Des discussions des 18 clubs pendant 10 semaines en raison  d’une séance par semaine, les causes fondamentales, les acteurs principaux ainsi que des propositions pratiques ont été relevés par les participants (500 jeunes dont 135 filles). En plus de cela, il est présenté les constats majeurs faits par les investigateurs au cours des échanges. Ce rapport de recherche souligne également les difficultés pratiques rencontrées par les chercheurs sur terrain, avant d’ajouter les suggestions formulées par les participants pour contribuer individuellement à la paix. Par la même occasion, des phrases ayant retenu l’attention des enquêteurs sont présentées.

Causes fondamentales de la guerre

Pour ce qui est des causes fondamentales de la guerre à l’Est, il y a lieu d’en retenir 12, telles qu’invoquées par les participants aux discussions au niveau des clubs :

  1. La convoitise des ressources naturelles par les pays qu’ils qualifient de « vautours et parasites » d’une part, et d’autre part, par les multinationales occidentales, et surtout anglo-saxones.
  2. Un complot international pour la balkanisation de la RDC en commençant par l’Est du pays.
  3. Des visées hégémoniques des pays voisins de la RDC, surtout les pays limitrophes de l’Est (Rwanda, Uganda, Burundi) qui se caractérisent par des agressions récurrentes, avec une complicité internationale.
  4. L’enrichissement facile, égoïste et illicite de certains leaders politiques et hauts officiers militaires de la RDC.
  5. La traitrise de certains dirigeants congolais, caractérisés par le manque de sens de responsabilité et par la recherche effrénée du positionnement politique.
  6. Un certain manque de vision de la part de dirigeants congolais marqués par la faiblesse de l’État pour garantir l’intégrité du territoire national et l’organisation d’une armée forte, républicaine et dissuasive, et des forces de sécurité fiables et crédibles.
  7. Le fait que la RDC soit sous contrôle de puissances occidentales sur le plan géo-politique, géo-économique et géo-stratégique caractérisé par la présence prolongée des Casques Bleues de l’ONU se traduisant par une certaine complicité facilitant la fragilisation de l’État congolais.
  8. La présence massive et prolongée sur le sol congolais de forces et groupes armés surtout étrangers (ADF/NALU, FDLR, FNL, Mbororo) servant souvent de prétexte à l’existence d’autres forces et groupes armés des fils du pays et leurs alliés probables.
  9. L’impunité criante et scandaleuse vis-à-vis des groupes rebelles fabriqués par l’extérieur et souvent gratifiés par des postes politiques et grades militaires alléchants, entraînant ainsi un retour cyclique de groupes similaires.
  10. La naïveté de certains congolais qui, par pauvreté, par manque de patriotisme, manque d’emploi et/ou par esprit d’aventure, se font corrompre pour adhérer aux groupes politico-militaires rebelles qui insécurisent la région.
  11. Le fameux accord de Lemera gardé toujours secret vis-à-vis du commun des mortels mais qui hypothéquerait la partie Est de la RDC en faveur de pays reconnus agresseurs éternels de la RDC.
  12. La crise identitaire caractérisée souvent par des conflits tribaux, fonciers et conflits du pouvoir.

Acteurs principaux

Selon les participants des discussions focalisées, les acteurs principaux des guerres sont :

  1. Le Rwanda, le Burundi et l’Uganda, pour des visées hégémoniques et la recherche d’un espace vital.
  2. Les puissances occidentales, pour leur vision géo-politique, géo-économique et géo-stratégique dans le concert des nations.
  3. Les multinationales occidentales, pour la convoitise des ressources naturelles de la RDC.
  4. La Communauté Internationale (ONU), pour le mandat ambigu et non salutaire de la MONUSCO au peuple congolais durant toutes les années passées sur le sol congolais, assistant passivement à la destruction des vies humaines, des infrastructures de base, des écosystèmes et au déplacement massif des populations  vouées à l’errance.
  5. Les gouvernants congolais, par manque de vision claire pour le pays, pour l’enrichissement illicite et le soupçon d’être impliqués dans le complot de balkanisation.
  6. Certains leaders politiques communautaires impliqués dans la création de milices en vue d’un quelconque positionnement politique.
  7. Les anciens chefs de milices, groupes et forces armés, par soif de pouvoir et de richesse.
  8. Certains hauts officiers militaires des FARDC, par soif de richesse et complices dans le complot de balkanisation du pays.
  9. Certains anciens candidats malheureux aux dernières élections présidentielles et législatives.
  10. La population naïvement inerte, ne sachant pas se prendre en charge, et sans réaction aux injustices qu’on lui fait subir.
  11. Une partie de la jeunesse désœuvrée et trouvant dans les milices la solution pour la survie.

Proposition de solutions

Les solutions potentielles formulées par les participants pour une résolution durable de la situation de guerre peuvent être synthétisées en six points ci-après :

  1. Nécessité d’une prise de conscience de la part de chaque Congolais pour le nationalisme, le patriotisme en vue d’une cohésion nationale par la construction d’une vision d’ensemble du peuple congolais à travers le renforcement des programmes d’éducation et de formation civique et politique à tous les niveaux de vie (familles, écoles, universités, églises, entreprises, associations…). Ce qui implique aussi que l’on réimagine une méthodologie adaptée à chacun de ces niveaux de vie. Par exemple, l’approche à adopter devra différer de la famille à l’école, de l’entreprise à l’église… Il conviendra alors que des spécialistes de chaque niveau puissent mettre en place un programme adapté à chaque niveau. C’est à ce prix que l’on se construirait une conscience collective nationale inébranlable, pour mettre fin à toutes les bassesses d’esprit entrainant la guerre, ou tout simplement, pour gagner la guerre.
  2. La refondation de l’Etat congolais par le renforcement de la bonne gouvernance au sommet, avec un accent particulier sur :
  1. La réforme de l’armée pour en faire une armée nationale, républicaine, dissuasive, et des forces de sécurité extirpées de tous les traitres complices de différentes guerres. Cette réforme implique que les militaires et policiers ne soient plus clochardisés dans la mesure où ils seraient dotés de tout ce dont ils auraient besoin pour bien accomplir leur mission.
  2. La redynamisation des relations diplomatiques multilatérales, surtout vis-à-vis de grandes puissances du monde qui se servent des pays visiblement agresseurs pour assouvir leurs envies hégémoniques. Cela présuppose que le Gouvernement soit plus crédible à l’égard de ces puissances.
  3. Le renforcement de la coopération économique régionale sincère pour réguler la convoitise effrénée des ressources naturelles de la RDC et l’esprit hégémonique des pays agresseurs.
  4. La pratique de la justice distributive des richesses nationales afin de juguler le chômage et réduire le nombre d’aigris et la corruption.
  5. La bonne gestion des ressources naturelles et l’instauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national.
  1. Une lutte réelle contre l’impunité et non pas des déclarations masquées et trompeuses de bonnes intentions, devant passer principalement par :
  1. L’assainissement de l’espace politique congolais des acteurs avérés, qui se seraient trempés de près ou de loin dans la trahison du pays ;
  2. Le refus à l’accès au mandat politique pendant une période d’au moins dix ans à quiconque se serait rendu coupable d’une quelconque trahison pour l’agression du pays ;
  3. La livraison de tous les chefs rebelles – anciens et actuels – à la justice internationale pour qu’ils répondent de leurs actes ;
  4. Le refus d’intégrer dans le rang des FARDC les groupes armés rebelles, la seule voie restant celle de l’enrôlement volontaire et conditionné par les critères objectifs en la matière.
  1. Le renforcement de la diplomatie auprès de la communauté internationale pour imposer le dialogue politique aux pays ayant des groupes armés étrangers en RDC afin de juguler les prétentions non avérées de poursuite de ceux qui chercheraient à déstabiliser leurs régimes à partir de l’extérieur : cas spécifique du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda.
  2. Mener une diplomatie beaucoup plus agissante auprès de l’Organisation de Nations Unies pour faire condamner et sanctionner les pays agresseurs de la RDC et leurs commanditaires pour tant de dommages et pertes humaines occasionnés.
  3. Résoudre pour du bon les contentieux éventuels existant entre la RDC et les pays agresseurs par voie de dialogue et diplomatique en vue d’épargner les vies humaines et sauvegarder les bonnes relations bilatérales.

Constats majeurs relevés des réflexions faites  par les clubs

De l’analyse des réflexions des membres des clubs formés résultent les constats ci-après :

  1. La guerre à l’Est de la RDC est plus vue comme imposée de l’extérieur par les grandes puissances et multinationales occidentales en quête de ressources naturelles.  Il y a donc à ce niveau un certain désengagement de la part des congolais dans la mesure où il n’est pas perçu que c’est à la mesure de ce qu’on est que tel ou tel autre peut se permettre de nous faire ceci ou cela. Il est donc fort possible que le mal étant ainsi diagnostiqué comme dépendant de l’extérieur, la solution est aussi cherchée à l’extérieur ; ce qui entraîne sûrement moins de chance de résoudre le problème de façon efficace, étant donné qu’une solution de sous-traitance ne peut en aucun cas être durable.
  2. Les pays voisins, surtout ceux de l’Est de la RDC, pour des raisons hégémoniques, sont au service des grandes puissances et multinationales pour en tirer aussi des dividendes. Il s’agit surtout du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda qui sont ici évoqués. Il va de soi que la RDC est en devoir d’imaginer la façon la mieux indiquée pour traiter avec ces derniers en sa propre faveur.
  3. L’attitude tiède du pouvoir politique en RDC et de bon nombre de membres de la classe politique congolaise qui fait penser à une complicité manifeste, jouant ainsi le jeu de l’ennemi dans tout ce qui se passe à l’Est de la RDC. Des avis convergents ont, à ce niveau, donné pour preuve, le fait que les officiers militaires qui ont font preuve de maîtrise de l’art de la guerre face à l’ennemi sont chaque fois rappelés par le pouvoir de Kinshasa qui les rappelle pour ne plus les mettre sur la ligne de front. Il a, dans ce sens, été évoqué le cas de Kasikila et Mayanga dont le peuple ne connaît plus la destination, alors qu’à l’époque, ils semblaient maîtriser la situation.
  4. Les dirigeants du pays ne se comportent pas en patriotes. Ils cherchent leurs intérêts pour la satisfaction personnelle, tout en servant leurs protecteurs occidentaux ou leurs alliés africains.
  5. La MONUC puis la MONUSCO qui, au dire de certaines personnes, ne seraient en RDC que pour faciliter l’avancée des rébellions, pour la balkanisation future en douceur, car elle ne s’est jamais attelée à l’arrêt de la progression de la guerre. Une fois encore, et comme ce fut le cas précédemment, c’est l’extérieur qui semble porter le poids du malheur congolais dont le peuple ne devient qu’un passif face à un sort apparemment fatal ! A ce point de vue, tout en notant l’importance de la diplomatie et la coopération internationale pour la résolution des problèmes de la RDC, le peuple devra avoir à cœur qu’il n’y a pas lieu de mettre fin à la guerre par la sous-traitance, et que donc l’ingrédient fondamental serait du côté du patriotisme et de la décision de chaque congolais d’œuvrer pour un bien-être communautaire à l’interne et à l’externe bien-sûr, mais avec un accent particulier sur l’aspect endogène.
  6. La population est déçue des politiciens face aux problèmes de l’Est de la RDC, à tel point qu’elle développe un état de révolte latente et cependant passive.

Difficultés majeures rencontrées par les enquêteurs

Lors de différentes rencontres de réflexion, les enquêteurs rapportent s’être heurtés aux principales difficultés suivantes :

  1. La réticence de certains participants de parler de la politique et des questions de l’heure, probablement, par peur d’être inculpés d’une façon ou d’une autre.
  2. Une certaine impression  qu’avaient les enquêtés pensant avoir à faire à des espions.
  3. Une attente de motivation financière de la part des enquêtés.

Suggestions majeures pour contribuer individuellement à la paix

Compte tenu de la prise de conscience de la nécessité de s’impliquer individuellement à la restauration de la paix dans les milieux de vie, les investigateurs se sont, en gros engagés à :

  1. Impliquer leur entourage dans la réflexion profonde sur l’avenir de la RDC tout en cultivant le sentiment patriotique ;
  2. Participer aux actions communautaires et populaires pour faire échec aux rebelles et dénoncer les complices ;
  3. S’impliquer davantage dans la promotion de la culture de la paix et la résolution pacifique des conflits ;
  4. Former des groupes d’acteurs de transformation sociale ;
  5. Rechercher la vraie information afin de prévenir la population contre les manipulations visant la déstabilisation du pays ;
  6. Indiquer à la jeunesse les opportunités que constitue l’enrôlement dans l’armée nationale au lieu d’entrer dans les groupes armés ;
  7. Prêcher la cohabitation pacifique entre les peuples ;
  8. Prier constamment pour les autorités congolaises et celles des pays voisins pour que le cœur de leurs préoccupations soit axé sur la paix ;
  9. Etre messagers pour le débauchage des jeunes dans les groupes armés ;
  10. Encourager et faire l’extension des clubs de réflexion des jeunes sur la paix dans tous les milieux de la ville de Goma ;
  11. Former les leaders locaux qui doivent maintenir en éveil la population sur son destin et ses responsabilités dans la participation à la bonne gouvernance ;
  12. S’investir dans le changement de mentalités et la lutte contre les antivaleurs ;
  13. Apprendre à la jeunesse l’histoire des héros tels : P.E. Lumumba, Martin Luther King, Gandhi ainsi que celle des panafricanistes, afin de suivre leur exemple.

Phrases intéressantes retenues par les investigateurs au cours des rencontres :

  • Nous devons être le changement que nous voulons voir.
  • Si nous sommes rassurés que l’armée est véritablement une armée, alors, nous serons militaires.
  • Apprendre sans faire, ce n’est pas apprendre.
  • Il faut prier pour ce pays !
  • Si nous sommes agressés, que toute la population, armée de machettes aille dans la rue.
  • Je n’ai pas le courage de faire des réflexions puisque je suis déjà déçue.
  • Je ne supporte pas le tribalisme qui attise les conflits.
  • Il n’y a pas de raisons de ne pas marier quelqu’un d’une autre tribu.
  • Ce pays est très malade ; il faut un médicament par une révolution à la congolaise.
  • Si on avait besoin de la paix, on l’aurait trouvé, puisque ceux qui ont voulu l’indépendance l’ont trouvée.

 

Il est intéressant de noter qu’en matière de causes comme en matière de solutions, le discours populaire a pour enjeu de fond la transformation sociale et les changements politiques orientés vers la paix. On dirait que toutes les causes de la guerre, dans leur complexité comme dans leurs dimensions internes et externes, ne sont mises en lumière qu’en tant que description d’un état chaotique global. Les guerres récurrentes ne sont que l’expression de ce chaos d’où il faut sortir absolument, même si les voies de sortie ont plus des allures de vœux pieux que des stratégies réellement pensées. Ce qui importe, c’est cette volonté de paix, cette aspiration à la paix. Au-delà d’une certaine tendance à la victimisation et d’un regard d’extériorité qui comptent sur les initiatives extérieures, une tendance lourde se dégage qui comprend qu’on ne sort du chaos que par la conscience du caractère inacceptable de ce chaos, par une énergie de volontarisme et de nouvelle organisation dont les Congolais ne sont pas encore capables, vue l’insuffisance des initiatives vraiment populaires pour faire pression sur les pouvoirs politiques en vue des changements de fond.

D’où l’importance d’une vision de paix qui s’inscrive sur le long terme, par un processus d’éducation des esprits en vue de construire un véritable imaginaire de paix. Effectivement, il ne suffit pas de vouloir la paix, il faut surtout en construire l’esprit.

En plus, il ne suffit pas dans de propager la nécessité d’un tel esprit, il faut des institutions, des organisations qui se dotent de moyens de paix, à commencer par la pression sur tous les pouvoirs politiques et militaires grâce à des révoltes constructrices et à des initiatives populaires de médiation entre les belligérants. Sous cet angle, les populations de Goma ne donnent pas l’impression de vouloir agir pour la paix par des actions de paix. Leurs analyses sont justes mais elles sont infécondes face aux enjeux de paix. C’est l’impression générale que donne tout le pays.

Cela doit-il conduire au pessimisme, au défaitisme et au fatalisme. Nullement. La volonté de paix qui jaillit du chaos global congolais est un signe que nous sommes devant un chaos créateur, qui a besoin d’un nouveau leadership et d’une nouvelle conscience de masse pour inventer un nouvel ordre congolais, le nouveau rêve congolais. Cela est visible quand on compare les résultats de l’enquête sur les causes de la guerre aux réponses concernant les solutions possibles et les acteurs du changement.

En effet, par rapport aux causes de la guerre, sur 12 causes évoquées, 5 (soit 41,7%) c’est-à-dire moins de la moitié implique la responsabilité congolaise, tandis que 7 causes (soit 58,3%) montrent que la RDC est victime d’un complot extérieur. Pour emprunter le langage du professeur Kä Mana, l’enjeu de la paix es d’inverser cette tendance pour amener nos populations à ce demander « non pas pourquoi les forts sont forts mais plutôt pourquoi les faibles sont faibles ». Comme pour dire : pourquoi sommes-nous ainsi manipulables, exploitables et dominables alors que nous avons tous les atouts pour être prospère, puissants et inventifs ?

Quant à ce qui est des solutions issues des discussions focalisées, toutes les six voies proposées sont endogènes à la RDC. Cela revient à dire que les participants aux clubs de réflexion se sont réellement rendu compte que la solution à la crise, c’est le « Sujet » Congolais lui-même qui, au fait doit se faire respecter et lutter pour être à la base de sa propre libération, bien que cela ne semble pas être la conviction de bien des citoyens pour lesquels la résolution du problème des guerres récurrentes proviendrait de la communauté internationale, comme si les étrangers seront plus patriotes que les citoyens concernés.

Relativement aux acteurs devant contribuer à la paix en RDC, les trois pays frontaliers de l’Est de la RDC, la communauté internationale, les multinationales et puissances occidentales d’une part, et d’autre part, les gouvernants, les leaders communautaires, les chefs milices, certains officiers militaires, certains candidats malheureux, la population et la jeunesse congolaises sont concernés. A ce point de vue, c’est donc le congolais comme tel qui est l’acteur à 70%. Il s’agit, nous semble-t-il, d’un sursaut de conscience montrant que les participants des clubs se rendent comptent de la part considérable que le peuple doit jouer dans la sortie de crise, dès qu’il est question de penser les solutions et de désigner les acteurs du changer. Il y a espoir.

 

Conclusion

Pour conclure, disons que le temps est venu de construire le rêve congolais de paix et cette tâche incombe à tous ceux et toutes celles qui sont convaincus que les choses doivent changer. Leur mot d’ordre, notre mot d’ordre doit être : « La paix maintenant ». Tout notre avenir dépend de la manière dont une élite consciente orientera le peuple dans cette direction, contre les pouvoirs de haine, de mensonge, de manipulation et destruction qui ont intérêt à poursuivre et à attiser le chaos. Nous vivons les temps du courage de la paix.

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