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Conséquences des violences sexuelles sur les femmes survivantes prises en charge par les structures spécialisées dans la Commune de Goma

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Conséquences des violences sexuelles sur les femmes survivantes prises en charge par les structures spécialisées dans la Commune de Goma

Résumé

Jean-Pierre Bulambo Milenge,

Assistant à l’UCS-Goma  (jeanpbul@gmail.com)

Cette étude visait à identifier les conséquences des violences sexuelles sur les femmes  survivantes  encadrées  par  les  structures  de  prise  en   charge  dans Commune de Goma. Un questionnaire d’enquête a été administré à  208 de ces femmes. Au terme de la saisie, le traitement et l’analyse des résultats à travers SPSS, il a été constaté ce qui suit : Il est un lien entre les violences sexuelles et leurs conséquences psycho pathologiques à 19,60%. Il y a éga- lement certaines maladies somatiques qui, à 27%, en résultent. Par ailleurs, les troubles de comportement sont les plus observés à 17,1%.

Mots-clés : violences sexuelles, femmes survivantes, conséquences.

  1. I. Introduction

 

Les violences sexuelles constituent un défi du monde de notre temps, surtout dans la Sous-Région des Grands Lacs africains où sévissent  des  conflits  récurrents.  Les  mouvements  des  populations  qui en résultent en aggravent les conséquences. En tant que telle, ces violences  laissent  beaucoup  de  séquelles  multiformes  sur  les  victimes ainsi que sur leur proche entourage tant sur les plans physique, physiologique, social que moral ou psychologique.

Selon  le  Protocole  d’Istanbul  sur  la  torture  sexuelle,  le  vécu psychologique des femmes victimes des violences sexuelles est alarmant.  Il  intègre  l’ensemble  des  troubles,  des  problèmes,  des  expériences et des événements que ces survivantes connaissent et qui  influencent  leur  psychisme,  conditionnant  même  leur  évolution,  bien que le contexte puisse changer  selon le milieu.158

158W. ROQUES et al., Rapport international sur les droits de la personne et du développement  démocratique, Paris, Dalloz, 2007, p.22.

Ainsi, l’OMS estime que plus ou moins 50% des femmes de par  le  monde,  sont  victimes  des  violences  sexuelles  et  vivent  sous stress. C’est dans ce sens que G. Etienne affirme que presque chaque année,  aux  Etats  Unis,  au  moins  35%  de  jeunes  femmes  abusées sexuellement ont tendance à se suicider, faute d’assistance psycholo- gique permanente159.

En Afrique, sous des proportions variables et non négligeables, le problème  des  violences  sexuelles  faites  aux  femmes  est  élevé.  Ces proportions  sont  de  l’ordre  de  0,8%  au  Botswana,  17,5%  en  Lybie,

23% au Rwanda après le génocide, 30% au  Nigeria, 37% au Came- roun et 42% en Uganda.160

En RDC, il est estimé qu’environ 2/3 de la population féminine sont affectées et vivent dans des conditions psychologiques difficiles, les  mariées  étant  même  au  point  de  perdre  leur  foyer.  L’UNICEF  a même  souligné  que  depuis  1996  jusqu’en  2008,  près  de  200.000 femmes couraient des conséquences psychiques graves.161

Au cours du 1er  trimestre   de l’an 2012, Heal Africa avait enregistré  5684  victimes  des  violences  sexuelles  dont  5506  femmes  et 178 hommes au Nord Kivu. Parmi ces femmes, 5300 étaient mariées tandis que 206 étaient des filles.

En 2013, au Centre de Santé Mentale de Goma, au moins 25 femmes  mariées  victimes  des  violences  sexuelles   étaient  prises  en charge  par  semaine  pour  leur  vécu  psychologique  post-viol.  Ce  qui fait une moyenne mensuelle de  100 cas et une moyenne annuelle de 1200 cas.

Les autres structures de la Commune de Goma intervenaient selon  le  domaine  et  l’orientation  des  bailleurs  de  fonds,  comme  à l’hôpital  Keshero  où  360  femmes  avaient  bénéficié  de  la  prise  en charge médicale, sociale et psychologique.

Ainsi,  en  termes  d’hypothèse,  nous  pensons  que  les  conséquences des violences sexuelles se caractérisent par des troubles psy-

 

159  G.Etienne, “Violences sexuelles”, dans Encyclopaedia Universalis, 2015.

160     OMS,  Rapport  annuel  sur  les violences  sexuelles  faites  aux femmes  au  monde,2004 – 2006

161   USAID,  Stratégie  globale  pour  la  lutte  contre  les  violences  sexuelles  en  RDC, Décembre, 2008, p.31

chopathologiques, psychosomatiques, socio pathologiques et affectifs dont la solution passerait par une prise en charge intégral.

 

  1. II. Méthodologie

II.1. Type d’étude

Cette recherche est transversale et descriptive. L’approche est qualitative  et  quantitative,  avec  des  données  recueillies  de  décembre 2014 à janvier 2016.

II.2. Population d’étude

La cible est constituée de 1208 femmes violées enregistrées et prises  en  charge  par  des  institutions  spécialisées  de la  Commune  de Goma.

II.3. Choix de l’échantillon

En fonction d’un choix raisonné, et tenant compte de la représentativité  due  à  la  prévalence  du  phénomène  expérimental  traité, l’échantillon  utilitaire  a  été  de  208  femmes.  La  sélection  des  répondantes était conditionné non seulement par le fait d’être enregistrée en tant que femme violée et prise en charge par une structure spécialisée œuvrant dans la Commune de Goma, mais aussi et surtout, avoir des troubles psychologiques confirmés, pendant au moins six mois et être capable d’un jugement de valeur.

 

Tableau  n°1 :  Répartition  des  femmes  violées  selon  leurs  structures d’encadrement psychologique.

Structures   de la prise

en charge

Femmes

encades

Femmes avec troubles psycholo-

giques (échantillon)

01 HEAL ARICA 385 51
02 GESOM 56 14
03 Centre  de  santé  AFIA

KYESHERO

127 23
04 SANTE  MENTALE 280 101
05 HOPITAL  KESHERO 360 19
TOTAL 1208 208

SOURCE : Nos enquêtes.

II.3.3 Techniques de collecte des données

Deux techniques ont été   utilisées pour recueillir les données sur terrain : la technique  documentaire et celle d’enquête sur terrain.

II.3.4. Déroulement de l’enquête

Pour l’efficacité du travail sur terrain, les enquêteurs recrutés ont  été    formés  pendant  une  journée.  La  séance  a  été  axée  sur l’objectif de la recherche, les techniques de communication avec les enquêtées,  et la compréhension de l’outil de récolte des informations. Le questionnaire a été administré en face à face par le truchement des enquêteurs.

 

II.3.5. Exploitation et traitement des données

Les  données  récoltées  au  moyen  du  questionnaire  ont  été traitées et analysées en utilisant le logiciel SPSS, avant d’être présen- tés sous forme de résultats à travers des tableaux et figures.

 

III.    Résultats

 

Cette  section  présente  les résultats  relatifs  aux  conséquences psycho-pathologiques,  psychosomatiques,  socio-pathologiques  et  af- fectives  des  violences  sexuelles  subies  par  des  femmes  survivantes encadrées par cinq structures de prise en charge à Goma.

III.1. Les conséquences psycho pathologiques

En  ce  qui  concerne  les  conséquences  psycho-pathologiques, l’étude confirme qu’il y a une liaison entre les violences sexuelles et les               conséquences psychopathologiques :           19,60%           de        névrose d’angoisse sont observés chez ces femmes.

Figure 1 : Conséquences psychopathologiques

 

Conséquences psychopathologiques

Source : Nos enquêtes de 2015

La  névrose  d’angoisse  comme  pathologie  apparaît  à  19,60% chez les femmes survivantes, la névrose traumatique à 19%,   la psy- chose  à  18%,  et  la  névrose  phobique  15%.  Par  ailleurs,  14%  disent avoir la névrose obsessionnelle, alors que 13,20% font état de la schi- zophrénie.

III.2. Conséquences psycho-somatiques

Les violences sexuelles entraînent des conséquences même au niveau

physiologique. C’est ce dont nous rendons compte à travers la figure

ci-dessous.

Figure 2 : Conséquences psychosomatiques

Source : Nos enquêtes de 2015

Au  point  de  vue  psycho-somatique,  27,2%  de  répondantes  souffrent de  maux  de  tête  contre  22,2%  ayant  de  la  palpitation ;  15%  ont l’hypertension, tandis que  13,9% ont le prurit anal  et vaginal ;  9,4% éprouvent des troubles visuelles, alors que 8,3% ont des ulcères gas- tro-entérite ; 2,2% disent avoir la dermatose, contre 1,7% qui font état de l’asthme.

III.3. Les conséquences socio-pathologiques

Les survivantes des violences sexuelles connaissent des perturbations entraînant des perturbations sociales, comme le révèle ce tableau.

Tableau n° 2: Répartition des répondantes selon les conséquences socio-pathologiques

Conséquences socio- pathologiques

Réponses

Source : Nos enquêtes de 2015

Il résulte de ce tableau que pour 38 fois sur 222 soit 17,1%, le trouble de comportement est évoqué. Quant à 12,6%, elles disent avoir eu une tentative  de  suicide ;  27  d’enquêtées  soit  12,2%  avouent  être  agressives. L’anxiété est évoquée 26 fois soit 11,7% contre l’isolement qui est citée 23 fois soit 10,4%. Le déni d’identité est évoquée 20 fois soit 9% contre 11 fois soit 5% pour lesquels il est question de l’échec sco- laire ou l’inadaptation scolaire. La majorité des répondantes évoquent à 77,6% le trouble comportementale contre la dépersonnalisation qui est  cité  à  61,2%.  Les  autres  se  répartissent  les  observations  variant entre 22,4% à 57,1%.

III.4. Les conséquences affectives

L’affect des survivantes n’est pas épargné par les violences subies. Le tableau suivant en  est la preuve.

Tableau n° 3 : Conséquences affectives

Source : Nos enquêtes de 2015

Comme ce tableau le révèle, 40 fois soit 24,4%, l’inhibition sexuelle a été  évoquée  comme  conséquence  des  violences  sexuelles,  contre  le rejet de la paternité citée 20 fois soit 12,2%. La dépersonnalisation est citée   26   fois   soit   15,9%,   contre   le   sentiment   d’impuissance   ou d’incapacité  évoquée  23  fois  soit  14% ;  32  fois  soit  19,5%  le  refus d’amour est une conséquence de la violence sexuelle contre 16 fois du rejet  de  la  maternité ;  5  fois  l’obsession  sexuelle  est  indiquée.  Les observations  sont  évoquées  pour  la  majorité  à  85,1%  au  sujet  de l’inhibition sexuelle ainsi que le refus d’amour à 68,1%.

 

  1. IV. Discussion des résultats

 

Après les violences sexuelles, la réaction de l’entourage est mitigé,  car  51,9%  d’enquêtées  ont  montré  que  l’entourage  n’a  rien fait. Les auteurs sont parfois connus, mais on a peur de les dénoncer afin d’éviter le pire. Si on cite les hommes en uniforme donc il peut y avoir certains éléments de l’armée qui échappent au contrôle de leur chef  hiérarchique  et  qui  commettent  aussi  des  bavures.  Mais  dans notre  étude  les  répondantes  à  85%  ont  avoué  ne  pas  avoir  connais- sance des  auteurs.  Seules  15% connaissent  les auteurs.  En analysant les faits, on constate que parmi les victimes, il y a ceux qui ont ten- dance à cacher les violeurs.

Pour   le   rétablissement   des   survivantes   des   violences sexuelles, bon nombre de répondantes proposent qu’on arrête les as- saillants  pour  qu’ils  soient  traduits  en  justice.  Celles-ci  représentent

21,2% d’enquêtées.  Cette question est  sous-tendue par  un autre pro- blème : certaines enquêtées ont cité les  rebelles  aussi bien congolais qu’étrangers comme présumés auteurs de ces violences.

Pour  pallier  aux  conséquences  de  ces  actes  ignobles,  il  est important de faire la prise en charge holistique c’est-à-dire médicale, psychologique,  économique,  sociale  sans  oublier  la  réinsertion  com- munautaire  et  la  prise  en  charge  psychologique   des  membres  de  la communauté et de la famille, de la survivante. A cela s’ajoute un élé- ment  capital :  la  lutte  contre  les  causes  lointaines  des  conflits  et guerres qui, en fait, sont les véritables moteurs de ces violences.

  1. V. Conclusion

Ce travail a porté sur les conséquences des violences sexuelles sur  les  femmes  survivantes  prises  en  charge  par  des  structures  sani- taires œuvrant dans la Commune de Goma. Sur base du questionnaire d’enquête  administré  à  208  d’entre  elles,  nous  avons  déduit  ce  qui suit :

Les  conséquences  psycho-pathologiques  ont  été  observées avec  la  névrose  d’angoisse  qui  a  la  fréquence  la  plus  élevée  soit 19,60% des cas. S’agissant des conséquences socio-pathologiques, il a été  constaté  que  les  victimes  ont,  à  17,1%,  affiché  les  troubles  de comportement. Concernant les conséquences psycho somatiques, 24% font  état  de  l’inhibition  sexuelle.  Pour  ce  qui  est  des  conséquences psycho  sociales,  20%  manifestent  l’envie  d’abandonner  les  études, tandis que d’autres sont devenues très agressives.

Pour prévenir ces violences et leurs conséquences, il convien- drait  de  lutter  contre  les  causes  des  guerres,  condamner  les  auteurs, informer la communauté sur les méfaits des violences sexuelles, assu- rer l’éducation populaire et la sécurité sociale et enfin, faire participer les femmes à la prise de décisions.

Bibliographie

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  3. Bergeret H., Psychologie pathologique, Paris, Masson, 1995.
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  5. V. Chartes

1     Rapport des experts de Nations-Unies conformément à la révolution, 780 de 1992

2     Tribunal       Pénal        International       pour       l’ex

YOUGOSLAVIE, affaire N°I -96-23-I 26 juin 996 juge

Lol (vouhral).

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