UCS-GOMA

Les médias communautaires de Goma face au phénomène « coupage » : Défis et orientations

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Les médias communautaires de Goma face au phénomène « coupage » : Défis et orientations

Cosmas MUNGAZI, Assistant à l’UCS-Goma

Résumé

Les médias communautaires sont censés donner la parole aux personnes ordinaires. Malheureusement, suite aux conditions économiques précaires,  au  manque  de  formation  de  certains  animateurs  à  la  recherche  de leur  survie,  ces  médias  relayent  comme  leurs  homologues,  médias  généra- listes ou médias du pouvoir, les informations les plus offrants, principe pourtant interdit par le code de déontologie du journaliste congolais.

A travers une observation participative et une analyse fonctionnelle, nous avons constaté que dans bon nombre de ces médias, les activités rédactionnelles sont assimilées  aux commerciales, publicitaires et même aux apo- logiques. D’une part, le coupage entache la liberté rédactionnelle du journaliste,  et  de  l’autre,  au  lieu   de  recevoir  les  informations  convenables, l’auditeur, le téléspectateur et le lecteur  sont soumis à une information corrompue.  De  ce  fait,  non  seulement  l’information  ne  contribue  en  rien  au développement   de   la   société,   mais   aussi,   les   populations   restent   dans l’ignorance.

 

01.Introduction

 

La  diffusion  d’une information  n’est  pas conditionnée  par  la paie d’une quelconque facture. A Goma comme dans bon nombre de villes  de  la  RD  Congo  cependant,  certains  journalistes  exigent  de l’argent avant toute diffusion d’une information.

Ces  professionnels  de  médias  obligent  aux  organisateurs  des manifestations  à  leur  payer  le  transport  à  l’issue  de  reportages  ou d’interviews.  Au  cas  où  rien  ne  leur  était  donné, l’information  n’est pas  diffusée  dans  leurs  médias.  Cette   situation  qui  s’apparente  à  la corruption,  s’appelle  « coupage »,  et  se  porte  à  merveille  dans  notre pays, en général et en ville de Goma, en particulier.

A titre d’exemple, le 02 Février 2014, lors du lancement de la semaine fiscale à la Direction Générale des Recettes du Nord–Kivu, à Goma, des journalistes (une quarantaine),   ont élaboré une liste qu’ils ont remise au Directeur de l’entreprise. Cette liste avait comme objectif  de  dénombrer  ceux  qui  étaient  présents  à  la  manifestation  et  qui devraient bénéficier d’une quelconque somme d’argent de la part   de l’organisateur de la manifestation.

Le Directeur de cette entreprise  appela les journalistes à une large diffusion, car selon lui, l’événement constituait une matière nouvelle  qui  n’était  pas  encore  abordée  depuis  l’histoire  de  la  Province. Mais  comme  ces  derniers  n’étaient  pas  servis  malgré  la  nouveauté  de l’information, ils ont, à l’unanimité, décidé de ne pas   publier cette information.

Chaque  Mercredi  de  la  semaine,  la  MONUSCO  ouvre  ses portes  aux  journalistes  de  Goma  et  ceux  de  Kinshasa  pour  poser  des questions  qui  préoccupent  leurs  auditeurs  et  téléspectateurs  à  travers une vidéo-conférence. Curieusement, cette organisation ne donne aucun sou aux journalistes qui y   participent. Ce qui justifie selon certains, la sécheresse des professionnels des médias à ce rendez-vous, malgré les innombrables informations importantes et vitales que l’on puise.

Donc,  à  Goma  bon  nombre  de  journalistes  recommandent qu’on  leur  donne  un  certain  avantage  pour  diffuser  une  information. Cette  pratique  présente  plusieurs  conséquences  dans  le  domaine  de  la circulation de l’information.

Les premières victimes en sont les journalistes eux-mêmes, qui vivent misérablement de l’argent de transport leur donné par leurs sources  d’information  à  la  place    d’un  salaire  octroyé  par  leurs  employeurs.  Ils  ne  sont  ainsi  plus  libres  dans  le  traitement  des  informations, étant donné les dettes morales envers leurs sources.

Dans  ce  contexte,  le  public  reçoit  aussi  une  information tronquée, et donc, sans objectivité. Le « journaliste coupé » cesse d’être neutre et ne peut aucunement être critique. De cette manière, non seulement cette information de flatterie ne contribue pas au développement de la société, mais aussi laisse la population dans l’ignorance.

Par définition,  le coupage est la pratique qui consiste  pour le journaliste  à  attendre  une  quelconque  rétribution  de  la  part  de  ses sources d’informations162. C’est aussi l’attitude des journalistes vis-à-vis,


162  Abdoulaye Coulibaly, Ethique et déontologie, Dakar, 1981 ; p.45

à de l’information commerciale163. Il est aussi considéré comme la facturation de la diffusion ou la publication d’un reportage ou d’une informa- tion164.

Notons qu’un journaliste qui se livre à la pratique du « cou- page » pèche contre le code d’éthique et de déontologie du journaliste congolais  issu  du  congrès  national  de  la  presse  du  1er   Mars  2014  au centre  NGANDA,  qui  stipule  à  son  article  7  qu’un  bon  journaliste  ne doit  pas  accepter  un  quelconque  présent  (avantage)  de  la  part  de  ses sources d’informations. Aucun avantage ou cadeau pour la diffusion ou la publication d’une information165.

Pour nous, ce phénomène prive les journalistes et le public de  la  vraie  information.  Ce  qui  nous  pousse  à  mener  cette  recherche, dans le but de décourager cette pratique honteuse. En effet, les médias communautaires ne sont plus crédibles   suite à ce phénomène qui ex- pose  les  journalistes  à  plusieurs  conséquences :  manque  de  liberté  rédactionnelle, être payé par ses sources, manque d’esprit critique, etc.

Dans  son  rapport  de  2012, CORACON  (Réseau  des radios communautaires,  en province du Nord-Kivu), avait identifié  70 radios communautaires en province du Nord-Kivu. Malheureusement, la majo- rité   de ces médias ont fermé suite aux difficultés de fonctionnement. Bon  nombre  d’entre  eux  n’ont  même  pas  leurs  propres  moyens  de transport. Ces médias ne payent presque pas leurs journalistes. Les mé- dias communautaires qui résistent sont ceux qui ont le financement des organisations internationales.  On peut citer à Goma : Pole FM, la Radio Mutaani,  Radio  TAINA,  Radio  Sauti  ya  Injili,  Radio  Alpha  na  Omega…

Dans  ce  contexte,  nous  avons  voulu  savoir   comment  doi- vent se comporter les journalistes et surtout  les médias communautaires face à cet appât du gain.   Mais aussi, nous aimerions savoir si le cou- page  permet  aux  médias  communautaires  de  remplir  pleinement  leurs rôles. Contribuent-ils à un exercice démocratique ?

163   Gret,  Coupage  dans  la  presse  congolaise,  gangrène  du  Journalisme,  Kinshasa, 2006.

164  CIERO E., Déontologie du Communicateur en radio rurale, S.A, 1996

165   Observatoire  des  médias  congolais,  OMEC,  Code  d’Ethique  et  Déontologie  du Journaliste Congolais, Kinshasa, 2004

En effet, Robert MUKENI démontre que le coupage tire son origine des  trois principaux paradoxes166:

  1. Le journaliste  travaille dans les  conditions inacceptables, mais se réjouit tout de même et continue, malgré toutes les difficultés, d’exercer son métier;
  1. Le  deuxième  paradoxe  se  situe  au  niveau  où  les  journalistes sont rétribués par leurs sources d’informations alors que le code de la déontologie le leur défend;
  2. MUKENI conclue que le coupage est appréhendé par certains comme un acte de corruption et pour les autres comme un acte de motivation.      Approche méthodologique

La méthode désigne la marche rationnelle de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration de la vérité.167

Dans le cadre de cette recherche, nous avons opté, non seulement, pour l’observation participative, car étant nous même journaliste,  mais  aussi  à  l’analyse  fonctionnelle  suivant  le  protocole descriptif de Robert King Merton qui s’applique comme suit :

  1. Considérer la fonction comme conséquence observée d’un fait social qui contribue à l’adaptation ou l’ajustement d’un système social donné.
  2. Opérer une distinction entre fonction latente et fonction manifeste voulue et reconnue par le système ou les participants.

Dans le cadre de cet article, la fonction manifeste du journaliste  est  d’informer  objectivement  ses  auditeurs,  lecteurs  ou  télés-pectateurs. Ce qui veut dire que l’objectif prioritaire est d’informer de  façon  à  rendre  ses  auditeurs  ou  lecteurs  plus  conscients             du monde dans lequel ils vivent.

De cette manière, il favorise la démocratie, une composante essentielle à la bonne marche et au développement de chaque pays.

C’est  dans  cet  ordre  d’idées  que  le  fondateur  du  Monde,  Hubert-

166   R.  Mukeni,  La  pratique  du  coupage  dans  la  presse  congolaise.  Phénomène  de

contractualisation  et  de  contextualisation  dans  l’exercice  de  journaliste,  Kinshasa,2006.

167  M. Grawitz, « Méthodes de sciences sociales », Paris, PUF, 1947, P.125

Mery Beuve168    déclare : « mieux informés, les citoyens sont mieux à  même  d’améliorer  leurs  conditions  de  vie,  de  faire  avancer  la démocratie, d’aider au retour ou au maintien de la paix.»

Aussi, le message qu’écrit le journaliste ne relève-t-il que du devoir d’informer et ne peut être soumis à des intérêts politiques, commerciaux, moins encore publicitaires.

Il écrit pour ses lecteurs. Sa responsabilité sociale est grande. C’est pourquoi, l’auteur précité termine en disant qu’ « informer un homme, lui fournir les éléments d’une conviction ou d’un jugement est toute autre chose que lui procurer un chapeau ou une paire de chaussure169  ».

Partant,  en  prenant  l’argent  du  coupage,  les  journalistes n’arrivent plus à remplir leur première mission. C’est ce que nous appelons, dans ce contexte, la suprématie de la fonction latente sur la fonction manifeste.

  1. Cadre théorique

Par le fait que  les journalistes sont payés par  leurs sources d’informations, cela constitue un déshonneur   de leur part. C’est pour- quoi, la théorie qui correspond à cet article c’est la théorie  de « crédibilité »  de  Carl  Hovland.  Cette  théorie  consiste  à  montrer  les  rôles  primordiaux de tous médias : informer, éduquer et divertir.170

Pour  éduquer,  Carl  Hovland  pense  qu’un  informateur  ou communicateur   doit être efficace. En effet, le processus par lequel un individu  transmet          des  stimuli   afin   de   modifier   le   comportement d’autres individus171  constitue un processus d’apprentissage.

Pour  répondre  aux  questions  relevées  ci-haut,  nous  allons articuler notre article en trois   grands points :  définition des concepts,les défis à relever, les orientations.

 

168  H. Mery  Beuve, Les règles de métier : responsabilité sociale de journaliste. Guide

pratique de journaliste de Syfia-Grands-Lacs, Montpelier, 2009 169  ibid.

170  H. Schulte et M. Dufresne,  Pratique du  Journalisme, Nouveaux horizons, Paris, 1999.

171  C. Hovland et W. Water, “Influence of source credibility on communication effec- tiveness”, in Public opinion quarterly, 15, 1951.

 

  1. I. Définition des concepts opératoires

Dans cette partie, nous élucidons les concepts suivants : Médias, médias communautaires, coupage, défis et orientations.

I.1. Le terme “medias”

Ce terme vient du latin “medium“. Le Medium est celui qui s’interpose  entre  les  esprits  et  les  êtres  humains  pour  interpréter  leurs volontés172. Le Media comme moyen de communication est né dans un contexte urbain et de l’industrialisation173.

Quant au terme “Mass Médias” il veut dire,   les médias de masse. Ce sont notamment la Radio, la Télévision, la Presse écrite et la Presse en ligne ou électronique.

Dans le domaine de la technologie et des sciences humaines,

le media approche tour à tour la technique, la distance, l’individu, l’ex- pression, la communication et la finalité174. Pour Francis Balle,   le média, c’est le prolongement technique de l’homme175.

I.2. Les médias communautaires

A ce niveau, nous évoquons les caractéristiques des médias communautaires  avant d’en donner la typologie.  Par définition, un media communautaire est celui   qui  est créé par une communauté, une association, ou un groupe de gens.

1.2.1.   Les caractéristiques de médias communautaires

Parlant des médias communautaires, le Père Guillet, ancien responsable   de   l’OCIL   (Organisation   Catholique   Internationale   de Cinéma)  relève  quelques  caractéristiques  des  médias  communautaires catholiques176.  Ces  médias  sont  populaires,  différentes,  ouvertes…  En effet, toute radio communautaire est :

172  Francis Balle, Dictionnaire du Médias, Larousse, Paris, 1998, p.149.

173  F. Balle, Médias et sociétés, 5ème  édition, Mont Chrétien, Paris, 1984, p.24.

174  Ibidem

175Ibidem

176  Guillet, J.P., Radio communautaire catholique, 2ème  éd, Cité de Vatican, 1995, p.2.

  • Populaire, c’est-à-dire,  elle  tient  plutôt  à  valoriser  les  petites gens ; ce qui est populaire est près des gens. Elle défend leurs intérêts, fait la promotion  des secteurs marginalisés de la socié- té, des pauvres, des personnes ordinaires, des sans voix, etc.
  • Différente: car elle se distingue des autres et surtout de celles de types commercial et général par les valeurs humaines qu’elle a à cœur de promouvoir et de défendre.
  • Ouverte à tous, sans aucune distinction, surtout et avant tout à ceux qui  n’ont  aucune  valeur  commerciale  par  rapport  aux autres stations radiophoniques ; ouverte à toutes les réalités de la vie sociale.

1.2.2.   Type de médias communautaires

Les  médias  communautaires  se  distinguent  selon  leur  origine  et  non selon leur signification, moins encore leurs attributions.

ü   Au Canada : Dans le  monde anglophone, le concept accepté est

celui de media communautaire.

ü   En   France : Pour citer le   concept, on préfère parler de media associatif.

Cependant, ces deux concepts renvoient à une même  réalité.   Comme

par définition un media communautaire est celui  créé par un groupe de gens,  une  communauté  ou  une  association,  il  peut  alors  s’agir  de l’association des agriculteurs, de défenseurs des droits de l’homme, de producteurs de coton.

Par ailleurs, les organisations régies par la loi sur les asso- ciations peuvent créer une radio associative. C’est ainsi que  les radios confessionnelles sont classées aussi dans la catégorie des radios associa- tives et/ou communautaires.

 

I.3. Le coupage

1) Origine

Le  coupage  est  un  mot  d’origine  congolaise.  Selon  Emma- nuel Luzolo Nzela, le coupage trouve sa racine dans le nom d’un ancien Gouverneur de la Province de Bas-Congo, Monsieur François KUPA. Il semble que celui-ci, après tout entretien avec les journalistes de la Ra- dio Nationale, avait l’habitude de remettre de l’argent aux reporters qui en étaient devenus fous, au point d’oublier leur “Nagra”,  du fait de leur maigre  salaire.  Cette  affaire  marquera  pour  longtemps  l’histoire  de  la presse  congolaise  dont  la  période  des  vaches  grasses  sera  le  règne  de Mobutu177.

2) Définition du coupage

Le  coupage  est  l’établissement  d’une  relation  d’argent  entre les professionnels des médias et sa source178. Ce sont aussi les frais de transport  ou  de  diffusion  qui  tiennent  plus  de  l’économie  informelle pour lesquels dépendent les journalistes que de l’économie organisée par leurs médias.

La pratique est donc un maintien d’un mécanisme de survie plutôt  que  de l’octroi  d’un  véritable salaire.  C’est  pourquoi  le coupage peut  se  définir  encore  comme  une  information  commerciale,  c’est-à- dire, diffusée par le journaliste grâce à une gratification quelconque.

Cependant, dans le jargon journalistique congolais, le « cou- peur »,  c’est  la  personne  ressource  d’information  et  le  « coupé »,  le journaliste  qui reçoit un quelconque cadeau de la part de sa source.

3) Evolution du coupage

Ce phénomène qui est   né pendant la période de Mobutu au Bas-Congo  (actuel  Kongo  Central)  a  gagné  du  terrain  dans  toutes  les provinces  congolaises.  Quoique  commencé  à  Matadi,  et  ayant  pris l’ampleur à Kinshasa, siège des institutions politiques du pays, ce phé- nomène  se  pratique  dans  toutes  les  provinces,  au  risque  même  de s’officialiser dans certaines institutions179.


177  Inter Congo Médias, Le coupage dans la presse congolaise, gangrène du Journalisme, rapport 2006

178  Idem

179  Rapport publié par l’Office pour la bonne gouvernance, (OBLC), en 2014.

 

Cette plaie  qui gangrène la presse  congolaise en général et celle   de Goma en particulier peut aussi s’observer   dans d’autres pays Africains et avoir plusieurs dénominations :

 

  1. Le coupage  en RD Congo
  2. a) Au Katanga :

Dans l’ancienne province cuprifère, le coupage est connu sous le nom de « Kawama », nom d’un village situé à 12 kilomètres de Lubumbashi, où Senga Lukavu, journaliste de son état avait l’habitude   d’aller cher- cher ses sacs de braise, avec l’argent trouvé sur le terrain, qui lui per- mettait de couvrir les deux bouts du mois180.

  1. b) A Mbuji-Mayi :

A chaque manifestation, les journalistes de l’ancienne province du Ka- saï-Occidental,  sont habitués  à réclamer  leur  collation  qu’ils  appellent tantôt :  « Mulangi  Wamala » :  bouteille  de  bière  ou  transport  qu’ils appellent encore « Katuba ».

  1. c) A Bukavu :

Qu’on l’appelle transport ou mot de la fin ou encore sauvetage, il signifie toujours le coupage

  1. d) A Goma :

Comme partout ailleurs au pays, l’argent exigé par les journalistes au- près  de ceux qui leur donnent de l’information est connu sous plusieurs appellations.  Parmi  lesquelles :  cachet,  sombe  ya  batoto,  makayabo, maziwa, kamboka et autres.

4) Les services de l’Etat affectés par le coupage

Il est inquiétant que cette pratique honteuse se ramifie dans les services de  l’Etat.  Cette  situation  a  été  révélée  en  2014  dans  une  enquête  de l’Office  de   Bonne  Gouvernance  et  de  Lutte  contre  la  Corruption  au Nord Kivu, OBLC en sigle.   Selon cette enquête, il a été révélé ce qui suit :


180  Inter Congo Médias, Op cit

Ø A   la   DGDA,   le   coupage   s’appelle :   unités,   ka   chupa, chezesha mkono, transport ou encore coope…

Ø  A  la  Police  de  circulation  routière,  il  s’appelle  tuende

pembeni, unajua code, mbuzi, chens…

Ø Dans les services judiciaires, le coupage s’appelle : le suivi du dossier, kitu kidogo, météo…

Ø Au gouvernorat de province, il est appelé bouteille, fukuza kiu, me bénir…

Ø Dans  les différents  ministères : il est  connu   au  nom de : sucrée, sehemu yangu, frais d’accélération du dossier…

Ø A la Douane, il s’appelle « café, chai, fukuza baridi… »

  1. Le   coupage   se    pratique   dans   plusieurs   autres    pays d’Afrique.

ü   C’est  ainsi  qu’au  Rwanda  par  exemple,  le  journaliste  qui prend  du  coupage  est  appelé  Free  lunch,  (celui  qui  mange partout).

ü   A Madagascar le coupage signifie « donne-moi ta gifle.»

ü   Et la plus grande partie de l’Afrique de l’Ouest, comme au Ga- bon, le coupage s’appelle « Gombo ».

  1. Le coupage  en France

Il  s’apparente  à  la  corruption  et  aux  ménages  des  journa- listes. En France, la  cooptation des journalistes reste l’une des manières les plus subtiles de s’assurer leur connaissance et leur silence. Des en- treprises font appel à des journalistes connus pour préparer leurs poli- tiques  de  communication  ou  animer  leurs  conventions.  Même  si  les prestations extérieures ne sont pas toutes compromettantes, les risques de conflits d’intérêts et de corruption  sont majeurs. Ainsi, quelle indé- pendance peut-on encore attendre d’un journaliste qui accepte de plan- tureux honoraires et cadeaux d’une entreprise ou une association qu’il est amené à couvrir ?

C’est ce  que l’on  appelle en  France,  « faire  des  ménages » ou  coupage en RDC. Cette pratique s’illustre de cet exemple, en 1997, un  spot  publicitaire  commandé  par  le  géant  pharmaceutique  PFIZER mettait le feu aux poudres au sein   de la profession. On y voyait l’une des présentatrices les plus connues   de France3, aux côtés   d’un médecin chroniqueur   à France Info, sur un plateau   qui reproduisait les lo- gos, décors et génériques du journal national de France 3.

Ce jeu dangereux touche tous les niveaux de la profession, des pigistes, des animateurs, présentateurs… qui trouvent dans ces pres- tations  commerciales  une  source  de  revenus  indispensable  et  c’est  ici que  le  scandale  est  réel,  aux  visages  les  plus  célèbres  du  petit  écran.

« Pour s’octroyer les services de ces journalistes » écrivait le Figaro, qui citait  des  rémunérations  moyennes  de  100 000  à  120 000  FF  pour  les stars du service public et des chaines privées. Et le Figaro d’ironiser : «

Si France télévision devait suspendre tous les journalistes  participant à des ménages, il ne resterait plus grand monde à l’antenne181. »

Or, selon l’article 5 de la convention collective de la presse Française, « un journaliste ne saurait   user de la notoriété acquise dans sa  profession  pour  servir,  hors  de  cette  profession,  la  publicité  d’une entreprise ou d’une marque 182».

Des  pratiques  journalistiques  traditionnelles  favorisent  le funambulisme déontologique   avec des papiers plus flatteurs qu’ils en ont fait, sans le signer, le dossier de presse approximatif, etc.

 

  1. Le coupage aux Etats Unis

Aux USA, les critiques se sont surtout portées sur les hono- raires perçus à l’occasion des colloques et des conférences par les per- sonnalités les plus en vue du Gotha médiatique. Certaines d’entre elles, se font jusqu’à 35 000 dollars par « parution ».   Même si des journaux comme  le  Washington  Post,  le  Wall  Street  Journal  ou  le  New  York Times, interdisent ces pratiques, soucieux de la loyauté  de son person- nel, le véritable journal New York ne tolère pas non plus que ses jour- nalistes  participent  régulièrement  à  des  émissions  de  télévision,  de grands médias.

Il  ne  s’agit  pas  seulement  d’une  question  d’argent  ou  de risques de favoritisme, mais aussi des répercutions sur le style journalis- tique. Pour être invité, « il faut être célèbre, et pour être célèbre, il faut

 


181  . « La télévision sans présentateur », Le Figaro, 28 mars 1997.

182  J.P.Marthoz, « et  maintenait,  le  monde  en  bref » :  les  médias  et  le  nouveau  dé- sordre mondial, « les journalistes : témoins mais aussi acteurs », éditions Complexe

Grip, 2006, Pp. 64-65.

très souvent porter atteinte à l’intégrité et qualité  journalistiques, faire simple, dramatiser, caricaturer183  ».

 

I.4. Les défis

Les défis sont des problèmes ou des difficultés auxquels les médias sont confrontés et qui les empêchent de remplir pleinement leurs rôles. Donc, des problèmes qui poussent les médias de toute nature à se plonger dans cette pratique honteuse (le coupage), considéré comme de la  corruption  avant  de  publier  ou  diffuser  une  information  ou  encore pour l’étayer.

 

I.5. Les orientations

Les orientations sont des valeurs éthiques et déontologiques que les médias doivent suivre pour qu’ils ne tombent pas dans le cou- page et remplir clairement leurs rôles du 4ème  pouvoir. Cette explication nous servira de pont pour passer à notre deuxième point consacré aux défis  auxquels  se  trouvent  confrontés  les  médias  communautaires  à Goma.

 

  1. II. Les défis

Les   défis   sont   situent   à   plusieurs   niveaux   à   savoir: l’instabilité  financière  des  médias,  les  recrutements  sans  respect  des normes, l’infiltration publicitaire, le silence de la loi, les accoutumances mercantilistes, manque de l’esprit critique,  etc.

1°) L’instabilité financière des médias

Le  paysage  médiatique  de  Goma,  sur  le  plan  général  et communautaire  en particulier, est frappé par une crise économique sans précédent  qui,  inévitablement,  a  des  incidences  néfastes  sur  le  traite- ment, la retransmission de l’information,  et met en  mal l’indépendance de certains journalistes. Dès lors, la qualité de l’information est affectée, le  sens  critique  de  l’information  est  moins  déguisé  durant  l’appât  du gain, les règles du métier deviennent accessoires.

Selon Henri Pigeat, en bonne logique libérale, c’est en assurant  son  autonomie  économique  que  le  media  est  véritablement  indé-

 


183  . « La couleur de l’argent », télévision, mai, 1997.

pendant de tous les pouvoirs184. L’exemple de la RTNC, media officiel, DIGITAL/Congo et autres médias proches du pouvoir  nous montre les risques de confier  les  médias à ceux qui  sont au pouvoir.  Dans pareil cas, les journalistes deviennent  des fonctionnaires et adoptent le point de vue de leur employeur, oubliant leur première loyauté qui est envers les citoyens. Et rien ne garantit que la vision du gouvernement réponde toujours aux aspirations de différentes  souches de la population.

Le principe de la démocratie n’est-il pas de donner la voix au peuple? De transmettre une information première qui soit reflet du plu- ralisme et de la gestion des médias par des gens indépendants de tout pouvoir?

A  Goma,  il  n’existe  que  de  petites  industries  de  presse  qui éprouvent d’ailleurs beaucoup de difficultés de fonctionner. Elles sont liées  au  pouvoir  d’achat  très  faible,  des  tranches  de  publicité  et  des communiqués qui ont le même coût qu’un plat de restaurant. Le système illégal de partenariat s’est multiplié dans les organes de presse de Goma. Ici, la publicité qui fait vivre un organe de presse n’est pas encore ré- glementée.  Il  n’existe  pas  une  grille  des  prix  pour  les  écarts  publici- taires ;  les  organes  de  presse  fixent  eux-mêmes.  Ce  qui  provoque  une rude  concurrence  entre  eux,  devenus  aussi  nombreux  au  cours  de  ce dernier temps.

 

2°) Le recrutement sans respect des normes  (donc au rabais)

Selon plusieurs spécialistes, les dérives notées ces dernières années en journalisme seraient dues à la présence dans la profession des gens qui n’y ont pas leur place. Ceux-ci seraient peu instruits, à peine le Bac (diplôme des humanités).

A Goma, comme partout en RDC, le journalisme est l’un des métiers les plus ouverts. N’importe qui peut se prévaloir au titre de jour- naliste  sans  forcément  avoir  suivi  la  moindre  formation  dans  le  do- maine.  Ceci  est  le  fruit  de nombreux  legs  hérités  de la  tradition  fran- çaise. On sait qu’en France, à son début, le journalisme n’était pas sou- vent  la  seule  fonction  de  journaliste.  D’où  la  définition  du  mot  était « celui qui écrit dans un journal ». C’est ainsi qu’un instituteur, un écri-


184  Pigeat T, H., Médias et Déontologie ; règles du jeu ou de sans règles, PUF, Vendôme, 1997, Paris, p.54

vain pouvant collaborer avec des journaux et y publier ses articles, était considéré comme journaliste185. Un bon nombre de journalistes à Goma ont à peine un bac, d’autres crédités des études supérieures, souvent des diplômé de langues, de   développement, ont investi dans le secteur de l’information.  Pour  cette  catégorie,  ce  n’est  pas  la  remise  en  cause  de l’instruction  dont  il  s’agit,  mais  c’est  plutôt  question  d’’aptitude  d’une personne ayant suivi des études littéraires ou de droit, sous prétexte qu’il a une bonne plume à ranger  la rubrique politique ou une belle voix à présenter  le  journal.  Ajouter  à  ces  difficultés,  le  manque  de  connais- sance des valeurs éthiques et déontologiques.

Le   recrutement   des  journalistes   n’observe   aucun  critère comme ça se fait dans d’autres métiers où pour être médecin ou avocat,il  faut  être  licencié  en  médecine  ou  en  droit.  Curieusement,  dans  les médias  communautaires  de  Goma,  les  rédactions  sont  constituées  par les journalistes des mêmes  origines tribales.

Selon   Ernest   Mukuli,   coordonnateur   de   l’Agence   Syfia Grands Lacs à Kisangani, “l’apprentissage sur le tas est une des causes de  dérapage  des  journalistes,  car  avant  de  s’acquérir,  la  plupart  de temps,  ils  ont  commis  quinze  dégâts  qui  auraient  pu  être  évités  par quelqu’un ayant suivi une solide formation.

3°) Infiltration publicitaire

Où  passe  dans  un journal  imprimé  ou  audiovisuel,  la fron- tière entre la communication et l’information, depuis que les attachés de presse et les publicitaires se sont baptisés communicateurs? Ou journa- listes?  Deux  matières  s’affrontent:  les  journalistes  d’un  côté  pour  ex- traire, traiter et présenter au mieux l’information pour le public et divers communicateurs,   de   l’autre,   qui   ont   pour   objectif   de   faire   aimer l’entreprise186.

A  Goma,  même  remplissant  tous  les  critères,  l’information est diffusée à condition   que les frais de diffusion soient payés à la ré- daction. Pourtant, dans un media responsable, il y a lieu de distinguer les informations   publicitaires, qui s’appellent publireportages ou cou-


185  Decporte  Chrétien,  Histoire  du  Journalisme  et  des  Journalistes  en  France,  Que

sais-je ? PUF, Paris, 1950

186  N.Thomas, L.Jacquet et F.Vauban, Les métiers de la communication, Guides, p.34.

 

pures publicitaires   des informations effectives. Cette frontière montre là où s’arrête l’information et là où commence la communication dans le fonctionnement d’un media.

 

4°) Le silence de la loi

La loi congolaise est aussi responsable de nombreuses illu- sions en matière de coupage. Elle ne pèse plus lourd dans la machine de répression ou le conseil de discipline des organes.   Pas même une loi qui prévoit de sanctionner le journaliste coupé et le coupeur, la personne qui donne de l’argent au journaliste.

Les  responsables  des  médias  informés   de la  prise  du  cou- page par leurs  journalistes, veulent  jouer de leur autorité, laquelle auto- rité est d’autant plus limitée que celle-ci ne peut exercer aucune initia- tive de sanction sans s’en référer,  elle – même à aucune  référence législative.

Le  drame   est  que  le  principe  de  toute  administration  qui fonctionne selon le principe des sanctions graduées suivant le niveau de la hiérarchie n’est pas respecté.

Interrogé sur l’autorité du   rédacteur, les journalistes de Go- ma se rangent dans les deux camps distinctifs. Pour les uns, cette autorité est insuffisante et mérite d’être renforcée par la loi pénale pour punir les journalistes coupés. D’autres par contre, estiment qu’il faut se garder de toute autorité, leur argument étant que trop d’autorité tue l’initiative. Ce que l’on attend d’un rédacteur  en chef est qu’il soit leader et ait des moyens pour faire faire les travaux par les collègues avec enthousiasme et volonté et lutter contre le coupage.

5°) Accoutumance mercantiliste : « imiter les autres »

Devenue  une  tradition,  la pratique  du  coupage  a,  toutefois, du mal à être acceptée dans des Agences des Nations Unies. Depuis le retrait du M23 de la ville de Goma, la MONUSCO a instauré le système de  coparticipation  des journalistes  de  Goma  et  ceux de  Kinshasa  à  sa vidéoconférence hebdomadaire, animée chaque Mercredi de la semaine. Un bon nombre de journalistes coupés de la ville sont désemparés car la MONUSCO ne remet aucune enveloppe. « Ils nous font poiroter   pendant des heures pour nous offrir seulement des informations », se plaint une  des  grandes  plumes  d’une  radio  de  Goma.  Et  comment  doivent vivre nos enfants ?  renchérit un autre ancien dans la profession.

Dans ce sens, même les journalistes travaillant dans les mé- dias communautaires financés ont multiplié des stratégies pour arriver à récupérer le coupage. Lors de l’élaboration des listes à remettre au res- ponsable de la cérémonie, ces  journalistes quoique  ne mettant pas leurs noms  sur  les  listes,  font  des  procurations  verbales  aux  personnes  qui leur sont confiantes.

Lukeka Bin Miya, alors président de l’Union Nationale de la Presse Congolaise, (UNPC), section du Nord–Kivu s’inquiétait que les jeunes journalistes voulaient coûte que coûte s’enrichir. Ce vieux bris- card  de  la  presse  demandait  aux  journalistes :  Si  vous  voulez  devenir riches   allez   ailleurs,   pas   en   journalisme ;   notre   richesse   c’est l’information pour les autres. Nous avons un devoir de conscience.

 

6°)  Par l’appât du gain, la fonction critique n’est plus jouée

Le rôle social du journaliste est de dire la vérité. Aussi doit il transcrire toute l’actualité. Il ne s’agit pas pour le journaliste de trans- crire ce qu’on lui demande d’écrire, mais d’exercer sa capacité de dire en  rendant  compte  des  affaires  politico-financières.  Si  le  journaliste n’exerce pas cette fonction critique, la connaissance de la réalité serait obscurcie,  donc  ne  sera  pas  connue  et  rien  ne  pourra changer  dans  la société187.

Le cas le plus remarquable du manque  de critique, c’est le fait que les informations issues de certaines organisations et/ou institu- tions publiques   sont distribuées   dans les rédactions des médias com- munautaires  pour  être diffusées  telles qu’elles sont, sans subir aucune modification, alors que non seulement  les professionnels devraient les réécrire dans la forme journalistique, mais aussi ils doivent prioriser la parole des basses populations.

 

6.1. Les techniques bien rodées

 

Plusieurs  techniques  pour  récupérer  l’argent  du  coupage auprès des sources sont développées par les journalistes coupés.


187  G.Ponthieu et P. Barrot, Le métier de journaliste en 30 questions-réponses, Dumas, Paris, 1998, p.165.

 

  1. 1. Même si la personne s’est largement exprimée  à travers  un discours, les journalistes pour la voir en face, lui tendent les micros ou la caméra après   la manifestation, lui demandant encore  la synthèse de son exposé ;
  2. 2. Il y a des médias qui s’appellent « grands médias » qui doi- vent avoir une grande part de coupage que les petits ;
  3. 3. Après toute cérémonie, certains récupèrent l’organisateur et tentent de le convaincre en lui disant : nous sommes une ra- dio et TV ; il faut les frais de transport pour tout journaliste

et  ceux  de  diffusion,  sinon,  les  informations  ne  passeront pas. Ceux de la presse écrite parlent des frais d’internet pour envoyer les articles à Kinshasa ;

  1. 4. Les journalistes  se  forment  en  réseau  pour  gagner  plus  de frais du coupage ; ceux-ci s’appellent s’il y a une manifesta- tion  qui  va  leur  procurer  de  l’argent.  Parfois,  ces  réseaux sont tribalistes, les Nande d’un côté, les Hutu de l’autre côté et ceux originaires d’autres provinces forment le leur ;
  1. 5. D’autres avec du matériel sophistiqué, sans appartenir à au- cun média,  impressionnent  l’organisateur  qui  a  tendance  à leur octroyer de la confiance et leur donner en mains propres l’enveloppe   destinée   à   tous   les   journalistes.   Ceux-ceux, comme ils n’ont pas de médias, se volatilisent dans la nature ou appellent deux à trois de leurs  proches pour se partager le butin de la press Ils se font  plus d’amis à l’organisateur dela cérémonie. C’est ainsi  qu’il y a de plus en plus la création des clubs des journalistes amis de la croix rouge, des enfants d’Olive  Lembe,  amis  du  BUREC,  Parti  du  Gouverneur  de Province, oubliant que « les journalistes ne doivent avoir ni amis  ni  ennemis,  car  ils  doivent  être  au  milieu  du  village, donc neutres. »
  1. 6. Toujours pour avoir de l’argent de l’organisateur, les journa- listes s’accusent entre- eux en disant que, « ceux–là ne sont pas pour vou Ils sont trop critiques ».

Toutes  ces  techniques  pour  recouvrer  un  peu  de  sous,  ne profitent pas à la liberté de presse, moins encore à la démocratie

III. Les orientations

Les  orientations   que  nous  proposons  aux  médias  commu- nautaires de Goma sont les suivantes :

  • Promouvoir les pauvres

Les  médias  communautaires  doivent  travailler  pour  la  pro- motion des plus démunis (les secteurs marginalisés). Leurs programmes ne  doivent  pas  être  comme  ceux   des  radios  officielles  avec  des  pro- grammes ne parlant que des activités de ceux qui sont au pouvoir : ré- ception  du  Président  de  la  République,  du  1er   ministre,  des  ministres, des gouverneurs et ceux des médias commerciaux dont la préoccupation principale est de gagner de l’argent.

Par  ailleurs,  dans  les  pays  en  voie  de  développement,  il existe  un  tiers  secteur  radiophonique  appelé,  la  radio  de  proximité, constituée de radios associatives, confessionnelles, et donc communau- taires à côté des radios publiques, privées, politiques, généralistes et des radios commerciales.

De  ce  fait,  il  existe  une  majorité  médiatique  constituée  de nantis détenteurs du pouvoir et d’argent, et par conséquent, ayant régu- lièrement accès aux médias compte tenu de leur position sociale. Pour- tant, ces nantis ne constituent pas la majorité de la population. Les mé- dias communautaires sont appelés à lutter contre cette tendance injuste.

 

  • Promouvoir la démocratie

La démocratie prône l’égalité de tous. De ce fait, la partici- pation de tous dans la gestion de la chose publique est une obligation. La promotion de la démocratie est favorisée par les médias communau- taires à travers ses  deux piliers notamment,  le  suffrage  universel et  la liberté de la presse.

Selon Victor HUGO188, ces deux situations sont considérées comme deux côtés d’un même fait. C’est–à–dire, la démocratie est ca- ractérisée  par  le  suffrage  universel  et  la  liberté  de  la  presse.  « D’une main elle choisit, c’est le suffrage universel et de l’autre elle écrit c’est la liberté de la presse. »


188  Victor HUGO, cité par CFJP, Les devoirs et les droits du journalisme, textes es-

sentiels, Paris, Ed.du CFPJ, 1995.

Les médias communautaires de Goma doivent ainsi   favori- ser la participation de la majorité, à la   gestion de la cité et accorder la parole à la même majorité, avec toute responsabilité sociale. C’est dans cette optique que la responsabilité sociale des médias est formée de trois axes   principaux   suivants189  :   le   droit   à   l’information,    le   droit d’information (accès aux médias) et le droit de l’information.

 

Conclusion

 

Les  médias  communautaires  de  Goma  doivent  tout  faire pour remplir pleinement les rôles ou fonctions qui leur sont assignés. Il s’agit  notamment  de  la  fonction  d’informer,  d’éduquer  et  surtout  de critiquer qui leur confère leur titre de 4ème  pouvoir. Ils ont le devoir de faire que les humains soient de plus en plus conscients des problèmes qui leur sont propres  et  d’y trouver  des solutions. Cette mission peut être  rendue  possible  par  la  lutte  contre  le  coupage  et  les  causes  qui l’entraînent.

 

Bibliographie

  1. BWANGA MALEKENI  Célestin, « Médias catholiques et les élections », in Les annales de l’UNIKIS, 2010.
  2. CFJP, Les devoirs et les droits du journalisme, textes essen- tiels.
  3. Hovland ET W. Water, “Influence of source credibility on communication effectiveness”, in Public opinion quarterly,15, 1951.
  1. DECPORTE Chrétien, Histoire du Journalisme et des Journa- listes en France, Que sais-je ? PUF, Paris, 1950.
  2. Elite, Guillaume, G. Théories systémiques, Cours inédit, L2 Sciences de l’information et de la  communication, UNIKIS,2010.

189    Mangubu   Lotika,   Information  et   communication,   cours  inédit   de  G2,   SIC, UNIKIS, 2006

  1. Francis Balle, Dictionnaire de Médias, Paris, Larousse,1998.
  1. F. Balle, Médias et sociétés, 5ème édition, Mont Chrétien, Pa- ris, 1984, p.24
  2. Guillet, J.P., Radio communautaire catholique, 2ème éd. Cité de Vatican, 1995, p.2.
  1. G. Ponthieu et P. Barrot, Le métier de journaliste en 30 ques- tions-réponses, Dumas, Paris, 1998, P.165.
  2. H. Mery Beuve, Les règles de métier : responsabilité sociale de journaliste. Guide pratique de journaliste de Syfia-Grands-Lacs, Montpelier, 2009.
  1. H. Schulte et M. Dufresne, Pratique du Journalisme, Nou- veaux Horizons, Paris, 1999.
  2. Inter Congo Médias, Le coupage dans la presse congolaise, gangrène du Journalisme, rapport
  3. La couleur de l’argent, télévision, Paris mai, 1997.
  4. « La télévision sans présentateur », Le Figaro, 28 mars 1997.
  5. M. Grawitz, Méthodes de sciences sociales, Paris, PUF, 1947.
  6. MUKENI R., La pratique du coupage dans la presse congo- laise ; Phénomène de contractualisation et de contextualisa- tion dans l’exercice de Journaliste, Thèse de doctorat, IFASIC, Kinshasa, 2006
  7. N. Thomas, L.Jacquet et F.Vauban, Les métiers de la commu- nication, Guides, p.34.
  8. Pigeat T, H. Médias et Déontologie : règles du jeu ou de sans règles, Paris, PUF, 1997.
  9. Office pour la Bonne Gouvernance (OBLC), en 2014.

 

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1 Comment
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