UCS-GOMA

Le développement durable comme devoir citoyen de la jeunesse congolaise

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Le développement durable comme devoir  citoyen de la jeunesse congolaise

  Bernardin Ulimwengu  Biregeya (biregul@gmail.com)

Assistant à l’UCS-Goma et Chercheur au CAREPD[1]

 

Résumé

Cette réflexion prospective faite sur base documentaire vise à proposer des modalités pratiques d’exercice du développement durable comme impératif citoyen des jeunes, pour en faire une génération consciente, rationnellement et stratégiquement agissante. Pour cela, nous essayons d’éclairer la lanterne en rapport avec le sens à donner au développement, étant donné la complexité de ce concept. De même, nous tentons d’en déduire le type de développement que nous voulons pour notre pays : le développement de l’art d’inservitude. Nous indiquons aussi comment les jeunes peuvent procéder pour croire, rêver, agir individuellement et collectivement pour le changement social grâce à des compétences organisationnelles pratiques.

Mots-clés : développement durable, jeune, devoir, compétences, citoyen, RDC.

Abstract

This prospective thought based on documentary aims at practical tasks for a sustainable development that is a duty of young people, for changing them into conscious generation in action. Therefore, we try to highlight the development in consideration with the complexity of this concept. Similarly, we attempt to propose a new type of development that we need for our country: a development without any constraint. We also indicate how young people could think, dream of, act individually and in groups for a social change thanks to their own competence and organizational capacities.

Key words : sustainable development, young people, a must, capabilities, citizen, DRC.

 

 

 

  1. Introduction

Cette réflexion à caractère prospective (c’est-à-dire axée sur l’avenir du développement durable de la RDC) vise particulièrement les jeunes dont elle présente le contexte socio-démographique justifiant la nécessité de leur implication pour un Congo effectivement émergent. Basée sur une revue documentaire, elle s’inspire de différents penseurs ainsi que de divers rapports de recherche relatifs aux réformes utiles à la sauvegarde de l’humanité actuellement en danger suite à l’exploitation irrationnelle des ressources naturelles.

Au point de vue méthodologique, il s’agit d’une enquête documentaire ou observation documentaire[2]comme l’appelle Jean-Louis Loubet del Bayle. L’approche en est sociologique et philosophique. Les instruments de recherche bibliographique sont constitués de bibliographies courantes, de fichiers informatisés accessibles à distance, principalement, des documents directs écrits et publiés. Dans cette perspective, en effet, Harold Lasswell a proposé un cadre méthodologique pour l’analyse des communications constitué de cinq questions que l’on devrait méthodiquement se poser pour toute étude de document à savoir : qui parle ? pour dire quoi ? avec quels moyens ? à qui ? avec quel effet ? Et J.L. Loubet del Bayle ajoute à son tour une sixième : dans quel contexte? Il est donc question de déterminer l’émetteur du message, le contenu manifeste, de quelle façon il le dit, pour quelle catégorie de récepteurs, pour quel effet, et dans quelles circonstances. C’est en fonction de ces six questions qu’une analyse interne et externe a été faite, dans le but de rechercher aussi bien la signification évidente que la signification implicite, sur base du sens des mots employés et à la structure logique des documents exploités[3]. Quant à l’aspect philosophique, il ressort de l’ambition de créer de nouvelles certitudes et de corriger les fausses évidences, les illusions et erreurs du sens commun[4]au sujet du développement. Il a été relevé en effet, l’ambiguïté du mot « développement », dans son acception comme dans la pratique, afin que les jeunes en aient une appréciation critique pour les actions à entreprendre en vue du développement vraiment durable et humanisante.

Le but y est de proposer des modalités pratiques d’exercice du développement durable en tant que devoir citoyen des jeunes, pour en faire une génération consciente, rationnellement et stratégiquement agissante. Pour cela, nous essayons d’éclairer la lanterne en rapport avec le sens à donner au développement, étant donné la complexité de ce concept. De même, nous tentons d’en déduire le type de développement que nous voulons pour notre pays, avant d’indiquer comment les jeunes peuvent procéder pour croire, rêver, agir individuellement et collectivement pour le changement social grâce à des compétences organisationnelles pratiques. Après avoir indiqué le principe fondamental devant caractériser les organisations des jeunes, nous tâcherons de tirer une conclusion. Faut-il cependant qu’avant tout, nous décrivions la situation démographique de la RDC pour savoir en quoi est-ce que les générations montantes constituent le socle de l’avenir.

  1. Contexte socio-démographique

Pour comprendre l’importance de la question d’implication des jeunes dans le développement durable, il est utile de noter avec l’Agence britannique pour le développement international que la jeune génération actuelle est proportionnellement la plus grande de l’histoire de l’humanité, 90% étant situés dans les pays en développement. Par ailleurs, il est important d’impliquer les jeunes preneurs de décisions de demain dans le développement d’aujourd’hui[5].

Bien plus, un rapport de YouthMap DRC[6] est plus que suggestive. Il y est souligné en effet que le continent africain dispose de l’une des populations les plus jeunes au monde. Avec plus de 60% de la population africaine ayant moins de 30 ans, l’étude révèle qu’il convient d’apprendre comment puiser dans ce vivier que ces jeunes peuvent offrir. Il y est même indiqué que le développement de l’Afrique est étroitement lié au bien-être de ses jeunes. Pratiquement, en 2010, 33% des 66 millions d’habitants que comptait la RDC se retrouvaient dans la tranche de 10 à 24 ans. Selon les estimations de l’UNFPA, le nombre de jeunes augmentera à 31,6 millions d’ici 2025 et 42,9 millions en 2050. Cette population de jeunes en pleine croissance a un énorme potentiel pour renforcer ou saper les objectifs nationaux dans les domaines de la gouvernance et du développement économique et social[7].

Selon l’Enquête Démographique et de Santé, de 13,5 millions en 1958, la population congolaise est passée à 21,6millions en 1970, puis à 30,7 millions en 1984. En 2012, elle était estimée à 77,8 millions d’habitants, avec un taux de croissance moyen de 3,4%. Le pays était sous-peuplé, avec seulement 24 habitants au kilomètre carré. La proportion des personnes de moins de 20 ans était estimée à 61% dont 52% avaient moins de 15 ans. La population d’âge économiquement actif (20-64 ans) représentait 37%[8] !

Quant au YouthMap précité, il estime qu’environ la moitié de la population de la RDC a moins de 35 ans. Avec une estimation de croissance démographique annuelle allant de 2,6 à 3,1%, la population devrait atteindre 85 millions en 2020. Pour sa part, le rapport sur le développement humain 2013 de l’ONU prévoyait une population de 106 millions en 2030. Le ratio de dépendance des jeunes de 86,4% (personnes susceptibles d’être économiquement dépendantes des autres) prouve la nécessité d’investir davantage dans l’éducation, l’emploi, la santé et d’autres services sociaux pour les jeunes[9].

C’est donc non sans raison qu’un proverbe ivoirien stipule : Il faut nourrir votre enfant lorsqu’il n’a pas encore de dents pour qu’il vous nourrisse à son tour lorsque vous aurez perdu les vôtres. C’est en cela que le colloque organisé par le Programme d’Accompagnement des étudiants (PAE) vaut son pesant d’or.

 

  1. Justification

L’être humain se caractérise par le désir d’amélioration de ses conditions de vie. Tel est le mobile de diverses activités qu’il entreprend au jour le jour. S’est-il avéré cependant qu’au cours de l’histoire, les efforts de changement en termes de développement entraînent des conséquences néfastes tant sur le présent que sur l’avenir du monde et de l’humanité toute entière. Encore que le développement se présente de plus en plus comme étant juste un arbre cachant la forêt de désirs inavoués des uns voulant s’enrichir au détriment des autres. Ce qui, d’ailleurs, a déjà conduit plus d’un chercheur à se demander si l’aide au développement aide vraiment le développement ![10]

Nous vivons dans une région où des jeunes sont en proie tant au chômage qui semble être ce pour quoi ils sont formés à l’université, que par des groupes idéologiques destructeurs qui les utilisent contre le vivre-ensemble, au point qu’Emile Bongeli en est arrivé à se demander si l’Education en République Démocratique du Congo était une fabrique de cerveaux inutiles[11].

C’est certainement pour éviter que l’université ne devienne une fabrique de cerveaux inutiles que le CAREPD a initié le PAE et même ces échanges des savoirs pour que des jeunes puissent constituer un cerveau collectif leur permettant d’être, non pas des savants sans savoir-faire ni savoir-être, (…) incapables de comprendre leur milieu, d’analyser et de solutionner les problèmes de leur environnement mais plutôt des citoyens à même de transformer positivement et qualitativement leurs communautés de vie[12].Comme pour dire qu’il n’est pas question de former pour former ni d’instruire pour instruire. Il s’agit de former des organisateurs de communautés ; des transformateurs sociaux.

C’est effectivement cela qu’a compris le PAE, comme les prouvent ces assisses de partage des savoirs en vue d’engagements citoyens en faveur de l’émergence effective de la RDC. En effet, c’est non sans raison que Maurice Plevoets soutenait que l’université doit former des cadres qui soient utiles à la société. Des hommes et des femmes capables de répondre aux problèmes, aux défis, aux interrogations d’un peuple en quête du développement plénier[13].

S’il est vrai que, comme le stipule la Constitution, toute personne a droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral, et qu’elle a droit de le défendre[14], l’éco-développement, mieux, le développement durable, est plus qu’un impératif citoyen. En termes d’état des lieux, il convient de souligner avec Edouard Goldsmith, que la société moderne détruit le monde naturel dont dépend la survie humaine à une vitesse stupéfiante. Il ajoute que partout sur la planète, la même destruction sévit. Les forêts sont abattues, les marais drainés, les récifs coralliens arrachés, les terres agricoles érodées, salinisées, désertifiées, couvertes de béton. (…) Presque toutes les créatures sur Terre présentent aujourd’hui dans leurs tissus des traces de produits chimiques agricoles ou industriels, dont bon nombre sont suspects d’être cancérigènes, voire sont cancérigènes prouvés[15].

Pour sa part, Michel Rocard (d’heureuse mémoire) soulignait que la biocapacité mondiale ne suffit plus à répondre aux besoins (…) humains, et ce depuis le milieu des années 1980. Pour preuve, l’empreinte écologique révèle d’énormes disparités à travers le globe : un Américain utilise, en moyenne, 9,5 hectares, soit cinq fois plus que ce que la Terre a à offrir, quand un Indien n’en consomme que 0,9, onze fois moins que son alter ego théorique américain. (…) nous transformons les ressources en déchets à un rythme bien supérieur à celui que la biosphère met pour transformer les déchets en ressources nouvelles[16].

Et le Pape François, parlant de la Terre comme « maison commune », décrit ce qui se passe en insistant sur la pollution, les ordures et la culture du déchet qui nous caractérisent, la question de l’eau et la perte de la biodiversité, la détérioration de la qualité de la vie et la dégradation sociale, les inégalités planétaires et la faiblesse des réactions[17]. Dans ce même ordre d’idées, la 21ème session de la Conférence des Parties (COOP21),  reconnaissant que les changements climatiques représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la planète, a décidé de renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, surtout,  en contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels[18].

A noter qu’au terme de l’article 12 dudit Accord, les Parties se sont convenues de coopérer en prenant, selon qu’il convient, des mesures pour améliorer l’éducation, la formation, la sensibilisation, la participation du public et l’accès de la population à l’information dans le domaine des changements climatiques[19]. Néanmoins, parmi les problèmes de la jeunesse soulevés par le Ministère de la jeunesse et des sports, il y a la question de la faiblesse du mouvement associatif qui pourtant est un préalable à la possibilité de protection de l’environnement, comme le veut la Politique nationale de la jeunesse[20]. A ce propos, Bill Marchesin est suggestif : Il y a deux choix fondamentaux dans la vie : accepter les choses telles qu’elles sont ou accepter la responsabilité de les changer[21]. C’est là un défi pour quiconque rêve d’un autre Congo, d’une autre Afrique et d’un autre monde possibles.

Raison pour laquelle, nous estimons que penser le développement durable comme étant un impératif citoyen de la part des jeunes, c’est être en devoir de préciser de quoi il s’agit effectivement, indiquer les modalités pratiques d’exercice de ce devoir, pour un Congo émergent et plus fort qu’avant. C’est à cela que se propose de répondre la présente réflexion.

  1. Modalités pratiques d’exercice de ce devoir

L’implication des jeunes dans le développement durable pour l’émergence effective de la RDC passe par certains préalables que nous tâchons de préciser à travers les différentes étapes suivantes.

  • Développement, quid ?

Le développement étant un concept multidimensionnel comme l’est la réalité qu’il représente, il est souvent difficile d’en cerner le sens de façon exhaustive. Ce qui fait qu’il soit important que nous précisions ici quelque peu de quoi nous voulons parler. Pris dans son sens premier, le développement est une évolution, un « déploiement graduel ». Le terme provient littéralement du préfixe des- et de l’ancien français voloper : «ôter ce qui enveloppe; enlever les voiles»[22]. On peut dire à juste titre que développer c’est donc épanouir, libérer, améliorer les conditions et la qualité de vie d’une population.

Le développement doit cependant être distingué de la seule croissance qui, en réalité, tout en mesurant la richesse produite sur un territoire d’une année à une autre, ne dit en réalité pas grand-chose des effets sociaux (niveau et qualité de vie). Il peut, dans ce sens, exister une croissance sans développement. D’ailleurs, même le PIB n’exprime au fait que la richesse des riches faussement distribuée ou attribuée aux pauvres, alors qu’un vrai développement implique une croissance réellement redistribuée.

C’est pour cette raison par exemple qu’en 2012, en matière d’Indicateurs de Développement Humain (IDH), la RDC était classée 186ème sur 187 pays (avec un seuil de pauvreté de 71,3%) tandis que le Rwanda était 167ème (avec un seuil de pauvreté de 44,9%)[23]. Pourtant, pour ce qui est du classement mondial relatif au bonheur publié à l’occasion de la Journée mondiale du bonheur le 20 mars 2016, la RDC est en avance (125ème sur 157), tandis que le Rwanda occupe la 152ème place[24] ! En 2013, la RDC occupait la 117ème place, et le Rwanda, la 125ème[25].

Bien plus, s’il faille analyser les chiffres en termes macro-économiques, il y a lieu de se rendre compte d’une croissance sans développement. En effet, pendant qu’il y a peu, le Premier Ministre de la RDC affirmait que depuis 2010, nous avons une croissance moyenne de 7,8% et (que) nous avoisinons (…) une croissance à deux chiffres[26], le Gouvernement vient de soumettre le maigre budget de l’Etat à une coupe drastique de 22% pour 2016. Pour ainsi dire, les autorités ne tablent plus que sur un taux de croissance de 6,6% cette année (4,9% selon le FMI)[27]. Ce qui se traduit par la cherté de la vie suite à la dépréciation de la monnaie estimée à 11% ainsi que la diminution du train de vie des administrations publiques de 30%[28]. Il y a donc de fortes performances macroéconomiques, mais des indicateurs sociaux faibles et une grande inégalité ; avec le niveau d’accès à l’électricité (7% de la population) et aux infrastructures d’assainissement améliorées (20,5%)[29].

Par ailleurs, en tant qu’amélioration du bien-être, le développement relève davantage du qualitatif que du quantitatif. C’est pour cette raison qu’Amartya Sen, tout en parlant de la notion d’indicateurs du développement humain, souligne que la qualité de vie ne se réduit pas au bien-être matériel mais comprend aussi des valeurs telles que la justice sociale, l’estime de soi et la qualité du lien social, et donc aussi, la capacité d’un individu ou d’un groupe à décider pour lui de ce qui le concerne. C’est d’ailleurs ce qui l’amène à affirmer que la liberté apparaît comme la fin ultime du développement. En effet, il arrive que le développement crée des dysfonctionnements, dans la mesure où il bouscule les hiérarchies existantes tout en créant d’autres, produit des dépendances et des inégalités de nature sociale et spatiale[30].

Cette même source montre que le développement durable (…) est un processus de changement dans lequel l’exploitation des ressources, le choix des investissements, l’orientation du développement technique ainsi que le changement institutionnel sont déterminés en fonction des besoins tant actuels qu’à venir[31]. Il s’agit d’un développement respectueux et préservateur de l’homme et des écosystèmes, à telle enseigne que l’un et l’autre s’épanouissent de façon harmonieuse. Bref, ce que Matthieu Ricard qualifierait d’interdépendance et responsabilité universelle, dans le cadre du présent du futur, sachant que c’est aujourd’hui qu’il faut agir pour demain[32]. C’est aussi, selon Sylvie Brunel, que le développement durable est une synthèse entre l’économie (produire), le social (répartir) et l’environnement (préserver)[33].

Au fait, parlant du développement, on fait souvent référence à l’aide au développement, avec une vision plus ou moins angélique de cette dernière. Est-il cependant que sous l’expression plus ou moins ambiguë « aide au développement », se présentent des opérations et mécanismes financiers, allant du don pur et simple au prêt ; accordé à un tarif préférentiel, négocié entre pays donateurs « développés » ou riches et des Etats bénéficiaires « sous-développés » ou « en voie de développement »[34]. Ce qui fait apparaître une notion de dépendance voulue ou sournoise du bénéficiaire vis-à-vis du donateur. Ainsi, Amewoa Agbessi Komla soutient que l’aide extérieure peut inciter le receveur à augmenter sa consommation au détriment de l’investissement, et qu’elle peut en outre désinciter le receveur à améliorer la qualité de sa gouvernance[35], espérant sans cesse à un coup de main extérieure.

Pour Théophile Obenga, le vocable même « développement » est une ruse occidentale visant l’enfermement de l’Afrique dans le sous-développement. Il en veut pour preuve le fait que les pays qui se développent effectivement en construisant chaque jour ne prononcent presque jamais le terme de développement. Pendant ce temps, nous on croupit (sic.) dans un sous-développement durable et chronique. Combien de fois, ajoute-t-il, a-t-on entendu le président des Etats-Unis prononcer le concept « développement des Etats-Unis », alors que son pays se développe chaque jour, guidé par le principe de « leadership incontesté du monde » ? On ne peut pas se développer sans ambition, martèle-t-il, tout en qualifiant l’aide au développement de « cadeau empoisonné ». A son sens, l’émergence consiste à devenir pot de fer car tant que l’autre ne respecte pas votre dignité, vous n’êtes que pot de terre, conclue-t-il[36].

Dans ce sens, un dicton dit que quand la maison brûle, on ne regarde pas souvent le visage de celui qui apporte l’eau. Et notre sagesse traditionnelle stipule, dans ce même ordre d’idées, qu’avec un tam-tam emprunté, on n’achève jamais la danse, mais aussi, qu’on ne réussit pas à étancher correctement la soif lorsque c’est quelqu’un d’autre qui tient la calebasse[37]. Pourtant, c’est souvent le cas de nos différents projets dits « de développement » non seulement en RDC mais aussi dans bon nombre, si pas tous les pays en développement. Il y a là un devoir d’imagination qui nous incombe, afin de nous faire respecter et ainsi étancher notre soif en tenant nous-mêmes la calebasse, qu’elle soit nôtre ou empruntée, tout en pensant aux autres, sachant que nous ne sommes pas seuls à avoir soif.

C’est certainement ce qui fait que certains auteurs qualifient l’aide publique au développement ou l’aide internationale, de « désastre ». Ils voient en elle un instrument au service des grandes puissances, une nouvelle forme d’exploitation des pays les plus pauvres au profit des pays les plus développés. D’autres encore la considèrent comme une politique qui crée des « inefficiences » dans l’économie mondiale[38]. Bref, une nouvelle manière de nous mettre sous tutelle, pour une vie sous perfusion. C’est, en fait, sur ce principe que se fonde la théorie de la dépendance, une logique paternaliste faisant de l’aide au développement une forme de néo-colonialisme nous rendant quémandeurs dans un rapport fondé sur un langage totalitaire[39] implicite, comme dirait Boris Crylnik ; des « grands bébés » sous biberon ; un développement-hémo-perfusion ; un développement-assujetissement, dans, pratiquement, une relation d’esclave à maître,  un rapport dominé-dominant, vassal-suzerain ; un développement-abrutissement, dans un partenariat « gagnant-perdant » en notre défaveur. Ce sont là des rapports pourtant moyenâgeux que l’on croit dépassés, alors que vécus sans cesse par le biais de diverses organisations – caritatives ou moralisatrices soient-elles –, littéralement calquées sur le modèle colonialiste. Pour tout dire, une logique qui, à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, finit par oublier l’urgence de l’essentiel[40].

C’est ce qui fait dire à Dambisa Moyo que l’appui extérieur au développement constitue une aide mortelle[41] ; on dirait encore, une aide mortifère. Elle affirme en effet que des millions d’Africains demeurent actuellement pauvres suite à l’aide, et qu’au lieu d’être réduite, la misère et la pauvreté s’accroissent de plus en plus. Elle estime par ailleurs que sa thèse est l’histoire de l’échec de l’aide au développement[42]. Notons qu’il existe trois types d’aide : l’aide d’urgence (ou humanitaire), l’aide basée sur la charité (ou don), et l’aide systématique (bilatérale ou multilatérale)[43].

Dans ce même ordre d’idées, Kä Mana et Tshiunza, se demandant si l’aide au développement peut être le moteur de l’émergence, sur base de la logique de l’humanitaire dans les situations de conflits, celle des interventions militaires et celle de l’aide au développement, ils réalisent qu’aucune de ces logiques des institutions internationales n’a été une logique de développement des peuples. Pour eux, le vrai problème n’est plus de savoir si ces institutions sont bonnes ou mauvaises, mais de savoir ce qu’il convient de faire pour qu’elles deviennent utiles à nos nations. D’où, soutiennent-ils, l’urgence d’avoir de nouveaux leaders africains qui ne soient pas propulsés au pouvoir et manipulés par les puissances étrangères hostiles aux vrais intérêts du peuple[44].

La question n’est donc pas de n’avoir pas besoin d’un soutien extérieur mais plutôt de voir comment nous faire respecter dans tous les cas ; aidés ou pas. Les jeunes constituent, à bien des égards, des atouts incontournables à ce propos, eu égard à leur poids démographique et la vitalité de leurs ambitions qui, cependant, doivent être éclairées par des aînés épris de changement social fondé sur des valeurs d’humanité.

Tout compte fait, Kankwenda a raison d’affirmer que le développement ne s’importe pas et ne s’achète pas auprès de quelque marchand, fût-il organisé en système ou habillé en marabout et prophète du développement. Il est une dynamique de transformations qui doit être initiée, appropriée, gérée et maîtrisée par ses acteurs qui en sont aussi les bénéficiaires[45]. Il s’agit donc d’une action endogène conçue par et pour les concernés, bien que dans une logique interpersonnelle et interrelationnelle intra et extra-communautaire. Pour cela, il nous faut ce que Kä Mana appelle les forces de refus, le Congo du refus[46], pour la reconstruction de la RDC à travers la prise de conscience du fait que les vraies ressources sont prioritairement humaines et non simplement matérielles. Ces forces de refus permettront de prendre conscience de notre responsabilité pour la prise de conscience de notre responsabilité pour l’amélioration de l’être-ensemble.

Le rôle de la jeunesse devra consister à inverser la tendance actuelle, par des partenariats rationnels mutuellement avantageux et respectueux. Cela ne peut être possible que sur base d’actions suffisamment réfléchies et concertées au moyen de cerveaux collectifs et communautaires. Le travail de fond consiste en ce que Frédéric Lenoir appelle la guérison du monde[47]. C’est effectivement cela le développement durable : guérir la personne humaine et son environnement, pour des interactions permettant à chaque partie de sauvegarder l’autre, dans une sorte d’éco-souci, sachant qu’il s’agit de changer ou périr, comme dirait Kä Mana. C’est non sans raison que Matthieu Ricard affirme donc que le meilleur service que nous pourrions apporter à la communauté, ce serait de commencer nous-mêmes par nous transformer ; se transformer soi-même pour transformer le monde[48]. A nous le choix, la responsabilité personnelle et individuelle, pour le bien collectif, le bonheur partagé.

Frédéric Lenoir estime que

pour guérir le monde, il ne suffit pas de se concentrer sur un seul symptôme (…). Il convient de considérer le monde pour ce qu’il est : un organisme complexe et, qui plus, est atteint de nombreux maux : crise économique et financière, certes, mais aussi crise environnementale, agricole, sanitaire ; crise psychologique et identitaire ; crise du sens et des valeurs ; crise du politique, c’est-à-dire du vivre ensemble, et cela à l’échelle de la planète (…). Pour guérir le monde, il faut donc tout à la fois connaître la véritable nature de son mal et pointer les ressources dont nous disposons pour le surmonter[49].

C’est en ces termes qu’il nous faut alors penser et mettre en place un développement qui en est un pour nous et notre progéniture, pour aujourd’hui et demain.

 

  • Le développement qu’il nous faut

Le développement dont les fruits de l’université doivent être auteurs et acteurs, pour être effectif, devra, selon Kenmogne et Kä Mana, passer par trois chemins : celui du Savoir menant à la maîtrise du réel, celui de l’Ethique conduisant à la sagesse, la dignité et la grandeur, et celui du Sens comme liberté créatrice du bonheur solidaire. Ce processus aura, au dire de ces mêmes penseurs, pour triple mission : l’enrichissement des savoirs, l’éthique de la vie et l’ouverture de nouvelles possibilités d’épanouissement. Comme lieux d’expression et d’action, les jeunes ont à se servir de hauts lieux d’élaboration des savoirs (c’est-à-dire, leurs universités), les grandes institutions de régulation éthique (leurs confessions religieuses), et les grandes instances de production du sens[50]  (les clubs et divers groupes d’action auxquels ils appartiennent). La vraie durabilité du développement ne peut qu’être fondée sur cette trilogie en dehors de laquelle on ne saurait rien, on ne ferait rien de convenable, ni rien de significatif.

Le développement que nous voulons pour l’avenir radieux de la RDC à la face de l’Afrique et du monde, c’est, comme soutiendrait Jean Ronald, un développement solidaire, participatif, l’écodéveloppement, l’endo-développement[51]. On dirait à juste titre, un processus plaçant la personne humaine au centre ; un développement autocentré, autrement dit, celui dont la croissance est pensée par et au service des populations concernées, présentes et à venir.

Encore que le développement durable postule qu’un développement à long terme n’est viable qu’en conciliant trois aspects indissociables : le respect de l’environnement, l’équité sociale et la rentabilité économique, pour ainsi améliorer la qualité de l’environnement naturel, assurer la pérennité des ressources, réduire les différences de niveau de vie, favoriser l’autosuffisance des communautés, et permettre le transfert des connaissances ou des richesses d’une génération à l’autre[52]. C’est là un devoir, on ne peut plus citoyen et humain tant pour les jeunes que pour les adultes, mais beaucoup plus particulier pour les jeunes entre les mains desquelles se trouve l’avenir et même le présent dont ils font partie intégrante.

Bref, être acteur de développement durable, c’est, pour tout dire : être promoteur d’une vie saine et productive, en harmonie avec la nature, dans un souci d’équité intra et intergénérationnelle ainsi que d’éthique et de solidarité sociales, protéger l’environnement, promouvoir une économie performante, porteuse d’innovation favorable au progrès social, faire participer les citoyens, pour une durabilité environnementale, sociale et économique, encourager l’accès au savoir de manière à stimuler la participation effective du public, tenir compte des impacts extérieurs, promouvoir la prévention des risques, protéger le patrimoine culturel reflétant l’identité d’une société, maintenir les espèces, les écosystèmes et les processus naturels qui entretiennent la vie[53].

Le développement durable tel que nous avons à le concevoir et le traduire en réalité, doit consister aussi en la capacité d’inservitude, le pouvoir de non inféodation aux maîtres de l’avoir, afin d’en venir à bout de la domination  symbolique entraînant la violence symbolique qui, elle-même conduit à l’auto-dépréciation et l’auto-dénigrement, comme dirait Pierre Bourdieu. Ce dernier ajoute d’ailleurs que la violence symbolique est instituée par le fait de l’adhésion voulue par le dominé au dominant ainsi qu’à la domination elle-même, à telle enseigne que cette relation apparaît comme naturelle et obligatoire[54], dans une sorte de servitude volontaire, comme dirait Etienne de La Boétie dont, en fait la préoccupation portait sur la légitimité de toute autorité sur une population et les raisons de la soumission de celle-ci (rapport domination/servitude)[55]. Ce qui nous fait penser à l’urgente nécessité d’une révolte constructrice : un sursaut de conscience conduisant à se respecter soi-même et à se faire respecter par les autres en matière de développement.

Au fait, s’il faille  réfléchir par analogie, De La Boétie notait par ailleurs que

le tyran asservit les sujets les uns par les autres. Il est gardé par ceux desquels il devrait se garder, s’ils n’étaient avilis (…) Tels sont ses archers, ses gardes, ses hallebardiers. Non que ceux-ci ne souffrent souvent eux-mêmes de son oppression ; mais ces misérables, (…) se contentent d’endurer le mal, pour en faire, non à celui qui le leur fait, mais bien à ceux qui, comme eux, l’endurent et n’y peuvent rien[56].

C’est ce qui se vit avec l’asservissement de la société par certains de ses membres (courtiers du développement) qui, en réalité eux-mêmes ne sont que bénéficiaires privilégiés temporaires.

Partant, à l’image de ce que fixe l’Agenda 2063, le Congo, comme l’Afrique de nos rêves devront se baser sur : une Afrique prospère fondée sur une croissance inclusive et un développement durable ; un continent intégré, politiquement uni, basé sur les idéaux du panafricanisme et sur la vision de la renaissance de l’Afrique ; une Afrique où règnent la bonne gouvernance, la démocratie, le respect des droits de l’homme, la justice et l’état de droit ; une Afrique pacifique et sécurisée ; une Afrique dotée d’une identité, d’un patrimoine commun, de valeurs partagées et d’une éthique culturelle forte ; une Afrique où le développement est axé sur les populations, et s’appuie notamment sur le potentiel des femmes et des jeunes ; une Afrique actrice et partenaire forte, unie et influente sur la scène mondiale[57]. Non pas un partenariat asservissant comme c’est souvent le cas aujourd’hui, mais plutôt, mutuellement respectueux et bénéfique à l’échelle locale, nationale, régionale, continentale et mondiale, étant donné qu’il est illusoire que nous puissions réussir seuls la destinée tant de notre continent que de notre pays. Bien plus, il y a une exigence de savoir sur qui compter (…), avec l’ambition non pas seulement de recevoir et de tirer profit de ce que les autres apportent, mais d’apporter soi-même quelque chose de positif pour transformer le monde[58].

Cette Afrique devra beaucoup aux jeunes, dans un travail basé sur ce que Jean-Blaise Kenmogne nomme encore l’éthique des liens qui, en fait, résume tout ce qu’il nous faut pour un développement vraiment humain et effectivement durable. Pour lui,l’écologie est un système de quatre forces de liens dont la fécondité éthique et spirituelle doit être au cœur de l’idée et de la vision holistique du développement pour un autre monde possible : les liens qui unissent l’Homme avec le monde dans lequel il vit ; les liens qui unissent les hommes entre eux dans les relations interpersonnelles comme dans les communautés de vie que sont les familles, les sociétés, les nations, les peuples, les cultures et civilisations ; les liens de chaque personne avec le monde bouillonnant de son intériorité, ses aspirations, ses utopies ; enfin, les liens avec la sphère de la Transcendance[59].

Ce quadruple lien ayant aussi été jadis évoqué par certains philosophes existentialistes tel que Gabriel Marcel, constitue un ensemble des piliers devant caractériser les diverses actions de développement à entreprendre pour nos relations constitutives sans lesquelles nous ne pouvons qu’être en dysfonctionnement pour notre perdition et celle de notre Terre-Mère, comme dirait Edgard Morin. Il s’agit d’ailleurs là d’une logique du développement solidaire à l’image de la solidarité traditionnelle africaine sans laquelle tout développement n’est que destruction du monde et de l’humanité par la personne humaine elle-même. Encore que la crise actuelle des relations société-nature n’est en réalité que la conséquence du développement-croissance ! On peut, à juste titre, dire que le développement durable envisagé résulte des effets pervers du développement. Au fait, on ne peut imaginer un développement sans modification des écosystèmes[60].

Cette modification entraîne à son tour des conséquences néfastes telles : la destruction de la couche d’Ozone, le réchauffement climatique, les perturbations climatiques, la désertification, les migrations et conflits qui en résultent, des maladies, conséquences qui, toutes, sont destructrices. Ne pas œuvrer au rétablissement durable de nos liens, c’est donc, s’il faille emprunter la sagesse populaire, scier la branche sur laquelle on est accroché. Ce qui n’est que folie !

C’est également le point de vue de Tryphon Bonga pour qui le principe de solidarité pourrait constituer une condition fondamentale de l’émergence de la RDC. Or, qui dit « solidarité » dit « liaisons ». A ses yeux, que ce soit au niveau du clan ou du village, la vie est collective. La quasi-totalité du travail se fait en groupe et on répartit les fruits entre les différents membres. Il y a là, ajoute-t-il, deux aspects essentiels : le souci pour le bien-être du prochain et l’intérêt pour le bien commun. Ainsi, être solidaire de quelqu’un, c’est vouloir qu’il jouisse d’une vie digne et respectable. Raison pour laquelle, au niveau interpersonnel, personne ne peut poursuivre tout seul ses desseins de bonheur au détriment des autres. Pourtant, au niveau international, lorsque certains pays développés sont touchés par des cas de violence, ils mobilisent toute la communauté internationale et de gros moyens pour y mettre fin, mais tel n’est pas le cas quand il s’agit de pays du Sud. A ce niveau, il n’existe point de relations dans lesquelles chacun soit perçu comme un partenaire à part égale. Pour ce qui est de la RDC, le décalage criant entre la modicité des salaires des fonctionnaires qui tiennent en mains une bonne partie de la vie nationale et les députés est un exemple de manque de solidarité ne pouvant aucunement faire émerger le pays[61].

Pourtant, comme dirait Kä Mana,

l’Afrique a, tout au long de son histoire, cherché à fonder sa vie sur une quête d’équilibres éthiques qu’il ne faut jamais rompre, si on veut rester des êtres humains : l’équilibre entre le visible et l’invisible, l’individu et la communauté, le court terme et le long terme, l’émotion et la raison, l’ésotérique et l’exotérique, le bien et le mal, la vie et la mort. (…)  Face à une telle situation, ajoute-t-il, l’idée africaine d’une civilisation des équilibres vitaux peut devenir une véritable idée d’avenir[62].

De ce qui précède résulte donc, une fois encore, que la durabilité envisagée implique la nécessité de la solidarité des générations présentes avec celles à venir. Il s’agit, en quelque sorte, de se servir à la table commune des ressources tout en se souciant de l’autre ; tout en veillant à ce que ceux qui devront se servir après nous en aient à leur goût comme nous en aurons eu au nôtre. Cette Terre-Mère est à protéger à tout prix, au risque d’y périr tous. Pour emprunter, une fois encore le langage de Kä Mana, il est question de réinventer notre passé solidaire pour en faire l’énergie vitale de dynamisation du présent et un ressort pour la construction de l’avenir[63]. C’est juste ce qui nous manque pour être nous-mêmes et nous faire ainsi respecter.

Au niveau global, le moine bouddhiste Matthieu Ricard citant Jared Diamond faisait remarquer en 2012, que le milliard d’habitants qui vit dans les pays riches jouit de ressources trente-deux fois plus élevées par personne que les 6 milliards restants. Il ajoutait que si ces 6 milliards consommaient autant que le milliard le plus aisé, trois planètes seraient nécessaires afin de pourvoir à leurs besoins[64]. Pour ainsi dire, c’est sur les nations sous-développées que pèsent les conséquences de la vie des nations riches. C’est pour cette raison que ce penseur propose, en termes de solution, une sobriété heureuse ; c’est-à-dire, apprendre à bien vivre avec peu. En ce sens, Gandhi avait raison de soutenir que la Terre a tout le nécessaire pour répondre aux besoins de tous, mais qu’elle ne peut cependant pas satisfaire la cupidité de chacun. Il nous faut pour ce faire, ce que Matthieu Ricard qualifie d’accomplissement du double bien : le nôtre et celui d’autrui[65].

Et Marianne de Boisredon d’ajouter : Consommer n’apporte pas la plénitude comme certaines publicités veulent nous le faire croire. Produire toujours plus ne génère pas la satisfaction des besoins les plus essentiels. (…) L’argent, mis au service de la vie, est fécond. De même, soutient-elle, le choix de la simplicité de vie dans les milieux riches témoigne d’un bonheur fondé sur les richesses d’être[66]. Ainsi conscients de la nécessité de changer, nous avons le devoir de trouver des moyens d’action.

  • Compétences d’action

Les actions de développement durable à poser devront nécessiter que les jeunes mettent en place des« pools d’intelligence stratégique » (think tank). Transdisciplinaires, ces structures citoyennes se chargeront aussi bien de l’analyse des problèmes de société que d’imagination de petites solutions à mettre communément en action pour qu’à travers de petites victoires progressives, ils en arrivent à de grandes, toujours dans un esprit solidaire. Ces instances devront, en quelque sorte, aider à « déverrouiller les pensées » en vue d’indiquer l’horizon des possibles pour la transformation sociale. Il nous faut, pour tout dire, une certaine résilience qui, selon Boris Crylnik implique qu’on n’est pas totalement soumis aux événements qui nous fracassent ; on a un degré de liberté pour chercher à comprendre ce qui nous permet de reprendre un autre développement[67] et ainsi réussir en dépit des obstacles qui, selon le langage de ce même auteur, deviennent pour nous un merveilleux malheur.

Les structures d’initiatives citoyennes ci-haut indiquées devront, pour réussir à inspirer le changement, faire preuve de bonne gouvernance, de peur de tomber dans le piège de ce que les jeunes reprochent à leurs aînés.  Les valeurs de base de cette gouvernance devront être : l’équité, la responsabilité, l’imputabilité, l’efficacité, la transparence, la participation et l’absence de corruption[68]. Ce sont ces valeurs qui pourront réguler le « vivre-ensemble », de telle façon que les modes d’organisation résultent d’un processus d’élaboration collective guidé par la recherche de réponses aux défis communs, conformément à des valeurs partagées et explicitées[69].

A noter que les jeunes peuvent contribuer positivement au développement dans quatre secteurs opérationnels à savoir : le développement organisationnel, la planification stratégique, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des actions de développement[70] dans leurs milieux de vie. Le contexte d’application de ce devoir se situe au niveau de la famille, la communauté, des institutions éducatives, des organisations religieuses, du secteur privé et des médias, des organisations de la société civile, des milieux professionnels, des institutions bienfaitrices, du gouvernement et du secteur public[71].

Une conviction est, à ce sujet, utile : les jeunes ont à se convaincre du fait que, comme stipule Stephen Covey, le grand marché des problèmes non résolus existe, et qu’il y a donc toujours de la place pour ceux qui ont le sens de l’initiative et qui savent se valoriser en montrant comment trouver des solutions à ces problèmes[72]. Cette autorité mondiale du management et du développement personnel précise par ailleurs que la performance et la réussite des actions devront être basées sur les principes suivants : préciser les résultats désirés, insister sur les lignes de conduite et non peser sur les procédures, identifier les ressources disponibles, impliquer les autres dans la détermination des normes, maintenir la confiance, se mettre d’accord sur les conséquences positives et négatives, et enfin, s’assurer que l’accord de performance est renforcé par la structure et  les systèmes organisationnels[73]. C’est là une boussole devant inspirer les jeunes en matière de développement, grâce au principe du travail accompli dont l’énoncé est que les personnes doivent résoudre la totalité d’un problème, analyser les questions en profondeur, identifier plusieurs alternatives et leurs conséquences, pour finalement recommander l’une d’entre elles[74].Il est de notre devoir de ne pas laisser quelqu’un d’autre réfléchir ni solutionner nos problèmes à notre place. Tout au moins, l’autre ne pourra intervenir qu’en tant que partenaire et non en tant que maître. Il nous faut à ce point de vue nous initier à l’insoumission mutuellement respectueuse. C’est là, à mon sens, la durabilité-même des actions. Dans ce cadre, Emile Zola estime que savoir où l’on va, c’est bien ; mais il faut encore montrer qu’on y va[75]. Sinon, la simple connaissance  ne servirait pas à grand-chose.

Néanmoins, ces initiatives nécessitent des compétences au sujet desquelles Clayton Christensen, Jeff Dyer et Hal Grerersen[76]  nous semblent explicites. Il s’agit de l’association, le questionnement, l’observation, le réseautage et l’expérimentation qui, à notre sens, peuvent favoriser le travail de rétablissement des liens en matière de développement durable.

  1. L’association

Les chercheurs précités estiment que pour faire un travail innovateur, il convient d’établir des relations inattendues entre des domaines de connaissance[77]. Tout compte fait, jouer un rôle citoyen en matière de développement effectivement durable implique que l’on croise des idées et des expériences. Cela éviterait de faire ce qu’on a toujours fait, au risque d’obtenir ce qu’on a toujours obtenu, comme dit un adage. Pour cela, il convient que les équipes soient pluridisciplinaires et même transdisciplinaires, pour éviter les cloisonnements disciplinaires[78] et donc aussi le sens unique dans la pensée et la résolution des problèmes. C’est là aussi une marque de solidarité, d’unité dans la diversité ou de diversité unifiante, étant donné que comme dit la sagesse africaine, on ne monte jamais sur un arbre au moyen d’une seule main.

  1. Le questionnement

En plus de l’association des idées, les initiatives devront se fonder sur la capacité de questionner[79]. Il s’agit simplement de se demander pourquoi les choses se déroulent de telle manière, et ce qui se passerait si l’on procédait autrement. Confucius disait, à juste titre : Je ne peux rien pour qui ne se pose pas de question. C’est, au fait, cette attitude qui permet d’observer la situation pour se rendre compte de ce qui est, par rapport à ce qui devrait être. A noter cependant qu’il faut s’être posé la bonne question pour avoir la bonne réponse ; il est en fait possible de trouver une très bonne réponse à une fausse question ; ce qui n’aura rien résolu, étant donné que la vraie question, et donc aussi, le vrai problème aura demeuré. En effet, il est possible que les jeunes n’aient pas eu une part considérable dans la sauvegarde de la création, alors que l’on reconnaît leur capacité de penser autrement, et donc d’innover. Raison pour laquelle il nous faille proposer des stratégies devant faciliter leur implication effective, efficace et efficiente. C’est pourquoi la capacité de poser les vraies questions constitue un point fondamental, sur base de l’observation.

  1. L’observation

Il s’agit ici, pour les jeunes, de regarder attentivement le monde qui les entoure afin de se rendre compte de ses dysfonctionnements structurels et organisationnels. Dans la mesure où les actions doivent être fonction du contexte qui ne saurait être le même, il convient que de par leur observation, les acteurs soient de fins observateurs-actifs des hommes et de leur milieu d’existence pour déterminer les actions qu’il convienne d’entreprendre pour préserver de sains rapports entre les citoyens et leur environnement[80]. Encore que, à en croire Marcel Proust, le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. C’est à ce prix que les acteurs trouveront des questions et réponses correspondant à la réalité du terrain à améliorer.

 

  1. Le réseautage

Bien des penseurs estiment que la créativité nécessite que l’on croise son expertise avec celle de personnes issues d’autres spécialités. Il s’agit de cultiver un réseau de relations permettant de trouver et de tester des idées, surtout de la part de personnes différentes de nous ; celles qui pensent ou agissent autrement que nous[81]. Comme qui dirait que seul, on peut aller vite, mais qu’avec autrui, on peut plutôt aller loin. Or, l’essentiel n’est pas d’aller vite mais plutôt loin, d’atteindre le but le plus élevé possible: contribuer au rétablissement de nos liens vitaux au prix desquels l’avenir sera ou ne sera pas.

  1. L’expérimentation

Il s’agit, pour notre engagement citoyen au développement durable, de tester de nouveaux concepts, de nouvelles réalités pour vérifier ce qui pourrait marcher dans notre contexte d’action[82]. Cette expérimentation consiste, au fait, comme le réitère le Pape François, à initier des actions pratiques de changements de style de vie, de production et   de   consommation, pour   combattre   le réchauffement climatique[83]  et donc ainsi, sauver la Maison commune. La détérioration de nos liens a, en effet, résulté de la manière dont nous vivons, produisons et consommons. Raison pour laquelle, c’est aussi au niveau de ces mêmes paliers-là qu’il faudra changer progressivement de façon décisive, à travers un style de vie, des modes de production et de consommation respectueux des écosystèmes.

C’est, comme l’avait déjà reconnu Edgar Morin, question de prendre conscience de notre communauté de destin d’êtres humains menacés de dangers mortels. Lui aussi prend la Terre pour notre matrie, notre Terre-Patrie. Et il ajoute qu’en fait, nous devons nous sentir solidaires de cette planète dont la vie conditionne la nôtre. (…) Pour devenir pleinement citoyens de la Terre, nous devons impérativement changer notre façon de l’habiter. Dans une logique de ce qu’il qualifie de ʺéco-politique planétaireʺ, Morin soutient que celle-ci doit énoncer des normes pour sauvegarder les bio-diversités, les forêts, réduire les agricultures et élevages industrialisés pollueurs des sols, des eaux, des aliments, protéger les cultures vivrières, proposer des réponses au réchauffement climatique[84].On dirait à juste titre que cet éminent penseur fait aussi référence à une certaine éco-solidarité nécessaire.

  • Principe fondamental : avoir une vision et s’investir à la traduire en fait

La vision que les jeunes doivent avoir de l’avenir du Congo peut se résumer dans cette paraphrase que nous faisons de la pensée de Kä Mana pour qui, Congolaises et Congolais, nous ne sommes pas condamnés à subir le poids du développement-dépendance, mais plutôt résolus à entretenir des partenariats gagnant-gagnant pour faire rayonner le Congo en en faisant un pays qui aura vaincu la fatalité du désespoir pour nous inventer un destin de grandeur, de prospérité, de splendeur vitale et de développement au sens vrai et global du terme. Il ajoute d’ailleurs que notre chance est que ceux qui ont déjà pris conscience de cette vérité sont aujourd’hui plus nombreux chez nous que ceux qui étaient autour de Moïse, Jésus ou autour de Muhammad[85]. Notre rôle reste donc celui d’être du ferment dans la pâte de la conscience collective à forger, pour un engagement écologique allant de l’individuel au collectif, tout en prenant soin d’être, chacun, le changement qu’il veut voir dans le monde, comme le recommandait Bouddha, dans une harmonie entre ce qui est dit et ce qui est fait.

Les organisations des jeunes devront faire un choix judicieux du type de principe de base facilitant  les actions collectives. Les distinctions que fait Alain Touraine nous semblent inspiratrices. Selon lui, l’organisation coercitive est celle qui est étrangère au projet des individus qui en sont membres, qui n’est donc pas placée sur le chemin qui relie l’individu au sujet historique. Ce type serait à mon avis la moins recommandable, bien que seul le contexte devra dicter l’attitude à adopter. Quant à l’organisation instrumentale, elle reste extérieure aux individus ; ceux-ci s’y sentant situés et donc liés. Pour ce qui est de l’organisation intégratrice, c’est celle qui ne se saisit elle-même que comme un système de relations sociales.  Dans ce cadre, l’individu n’est plus saisi dans son isolement, et pas encore dans son lien avec le sujet historique ; il ne l’est que dans son appartenance à une collectivité concrète[86]. A mon sens, ces deux derniers styles pourront être d’une importance capitale pour la réussite des actions de développement, bien qu’une dose de coercition consensuelle et respectueuse des droits soit de temps en temps utile.

Partant, l’élimination de la pauvreté et la faim, le bien-être, l’éducation inclusive, l’égalité des genres, l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’énergie, la promotion de la croissance durable, l’innovation et l’industrialisation durable, la réduction de l’inégalité intra et inter-pays, la durabilité des villes, la protection des ressources marines, la gestion durable des forêts, la promotion des sociétés justes ainsi que le partenariat mondial pour le développement promus par les 17 Objectifs du développement durable[87] dépendent de la manière dont nous nous y serons pris de façon rationnellement et moralement active.

Pour réussir ce pari dans le contexte congolais, contrairement à l’opinion commune qui crie haut et fort que nous sommes un pays scandaleusement riche, nous avons à nous convaincre que la force d’une nation est plus dans sa matière grise que dans ses produits naturels ; que le commerce de nos matières brutes n’est pas notre seul horizon de développement mais qu’il nous faut plutôt envisager de les transformer en produits finis ; que ce ne sont pas les étrangers qui doivent investir dans notre économie et assurer une prospérité financière pérenne à notre nation[88], ce qui serait un attentisme destructeur. Œuvrer à l’émergence, c’est se mettre en devoir de s’impliquer dans l’utilisation de notre intelligence théorique et pratique pour inverser la tendance attentiste actuelle et ainsi cesser de penser que notre bonheur comme notre malheur sont une œuvre.

  1. Conclusion

A travers cette réflexion faite sur base documentaire, nous avons tenté d’indiquer la manière dont les jeunes peuvent s’impliquer effectivement pour faire du développement durable un devoir citoyen. Ainsi, après avoir présenté le contexte sociodémographique montrant la nécessité d’impliquer les jeunes, nous avons indiqué ce qu’il convient d’entendre tant par « développement » que par « développement durable », avant de proposer des stratégies d’action que peuvent adopter des équipes de jeunes pour des initiatives durables en matière de développement, de façon respectueuse, dans un esprit gagnant-gagnant et non gagnant-perdant comme c’est le cas avec le néo-colonialisme voilé. Nous avons tenté de montrer que la durabilité du développement a pour socle, la prise de conscience personnelle et collective pour être acteurs de notre destin, le recours à la solidarité traditionnelle, la promotion des liens constitutifs de notre être-au-monde relationnel.

Ce travail de changement ne peut cependant se faire sans résistance aucune de la part de l’entourage. D’où la nécessité d’une dose de patience et de persévérance. La raison en est que, comme l’avait reconnu Jean Jaure, il n’est pas facile de vivre au pays des aveugles lorsqu’on voit. Encore que Martin Luther King avait également bien reconnu que les esclaves ne sont pas toujours reconnaissants envers ceux qui les délivrent effectivement, comme le captif de la caverne platonicienne qui sent des malaises aussitôt qu’on le délit, mais aussi, à la vue de la lumière qui l’éblouit mais qui, heureusement, au fil du temps, par degré, finit par se rendre compte que sa vie antérieure n’était qu’un rêve sombre, et qui par la suite plaint ses anciens compagnons de captivité qui cependant traitent ses propos de fous[89]. Le libérateur court donc le risque du découragement. Le secret est cependant de persévérer car, comme l’affirmait Confucius, confronté à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non par la force, mais par la persévérance, une persévérance éclairée, unique secret de la réussite.

Bibliographie

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Articles

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Ce texte est une communication faite le 15 avril 2016, au Colloque interuniversitaire organisé par le Programme d’Accompagnement des Etudiants (PAE) du Centre Africain de Recherche et d’Education à la Paix et à la Démocratie (CAREPD) de l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL-Goma), autour du thème « Jeunesse universitaire et développement durable en RDC », du 14 au 16 avril 2016. J’en sais gré au Prof Vincent Muderhwa, de m’en avoir inspiré l’initiative.

[2] Lire à ce sujet Jean-Louis Loubet del Bayle, Initiation aux méthodes des sciences sociales, Paris-Montréal, L’Harmattan, 2000, pp.167-187.En ligne sur http://classiques.uqac.ca

[3]ibid.

[4] ANONYME, Philosophie. En ligne sur www.wikipedia.org

[5] DEPARTMENT FOR INTERNATIONAL DEVELOPMENT (DFID)/ Youth Working Group, Youth participation in development: A guide for development agencies and policy makers, London, DFID-CSO Youth Working Group, 2010, p.vi.

[6] YouthMap est un programme de quatre ans conçu par USAID pour évaluer les situations de la jeunesse ainsi que l’appui aux programmes prometteurs et aux bonnes pratiques pour le développement positif de la jeunesse dans huit pays de l’Afrique sub-saharienne.

[7] International Youth Foundation, Jeunesse congolaise : Défis et opportunités. Rapport d’évaluation, décembre 2013, p.1.

[8]Ministère du Plan et Suivi de la Mise en œuvre de la Révolution de la Modernité, Ministère de la Santé Publique, Enquête Démographique et de Santé, EDS-RDC II 2013-2014, Kinshasa, Septembre 2014, p.2.

[9] International Youth Foundation, op.cit., p.4.

[10] Lire à ce sujet : AMEWOA Agbessi Komla, L’aide au développement aide-t-elle le développement ? Le cas de l’Afrique sub-saharienne, Thèse de doctorat ès Sciences Economiques, Université de Limoges, Ecole doctorale ED 375 — Sciences de l’homme et de la société, Faculté de droit et des sciences économiques, 2008. DAMBISA MOYO, Dead aid: Why aid is not working and how there is a better way for Africa, New York, Farrar, Straus & Giroux, 2009.Love Hammarstrand and Staffan Sundsmyr. Aid Effectiveness on Living Standards: How Does Aid Affect Human Development Index (HDI) in Sub-Saharan Africa? Bachelor thesis, University of Gothenburg, School of business, economics and law, 2003. Roger C. Riddell, Does foreign aid really work? Oxford Policy Management, Oxford UK, 2014.

[11] Emile BONGELI YEIKELO YA ATO, Education en République Démocratique du Congo. Fabrique de cerveaux inutiles ? Paris, L’Harmattan, 2015.

[12]ibid.

[13] Maurice Plevoets, cité par Jean-Blaise KENMOGNE et Kä Mana, Manifeste pour l’université de la renaissance africaine. Les nouveaux enjeux de l’enseignement supérieur et de la recherche universitaire en Afrique, Bandjoun, Presses de l’Université Evangélique du Cameroun, 2010, p.196.

[14] Art 53 de la Constitution de la RDC.

[15] cfr Jean-Blaise KENMOGNE, Pour un humanisme écologique. Crise écologique contemporaine et enjeux d’humanité, Yaoundé, éditions Clé, 2015, p.84.

[16] Michel ROCARD (avec la collaboration de Jules FOURNIER), Suicide de l’Occident, suicide de l’Humanité ? Paris, Flammarion, 2015, p.173.

[17] cfr François (Pape), Lettre encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015, La Croix. La Documentation catholique.

[18] NATIONS UNIES, Convention-Cadre sur les changements climatiques, 12 décembre 2015, art. 2 de l’Accord des Parties.

[19]ibid., art.12.

[20] MINISTERE DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS (RDC), Politique nationale de la jeunesse, Kinshasa, Les Editions Jeune Congo, Août 2009.

[21] Bill Marchesin, 101 idées pour une année aux possibilités infinies, Bill Marchesin, 2015, en ligne sur www.billmarchesin.com

[22] Joseph Hulse, Le développement durable : Avenir incertain. Avons-nous oublié les leçons du passé ? Québec, Presses de l’Université Laval, Centre de recherches pour le développement international, 2008. Consulté en ligne sur http://www.pulaval.com/

[23] PNUD, Rapport sur le développement humain : L’essor du Sud. Le progrès humain dans un monde diversifié, New-York, PNUD, 2013, pp.155-172.

[24] John HELLIWELL, Richard LAYARD & Jeffrey D.SACHS (éd.), World Happiness Report, Vol I, 2016, p.22.

[25]Ibid., 2013, p.24.

[26] MATATA PONYO MAPON, Pour un Congo émergent. Entretiens avec Kibambi Shintwa, Paris, éd.Privé, 2016, p.32.

[27] Pierre BOISSELET, « RD Congo. Se méfier de l’eau qui dort », in Jeune Afrique, n° 2889 (du 22 au 28 mai 2016), p.35.

[28] Information suivie à la RFI à 5h30 le jeudi 14 juillet 2016.

[29] Christophe LE BEC, « Enquête : Comment va (vraiment) la RD Congo », in Jeune Afrique, n° 2892 (du 12 au 18 juin 2016), p.56.

[30] Barnard Bret, op.cit.

[31]Ibid.

[32] Matthieu Ricard, Conférence axé sur le thème : Interdépendance et responsabilité, Le présent du futur. Vidéo en ligne sur www.youtube.com

[33] Sylvie BRUNEL, Conférence de présentation du livre A qui profite le développement durable ? Vidéo en ligne sur www.youtube.com

[34]Barnard Bret, op.cit.

[35] Amewoa Agbessi Komla, op.cit., p.7.

[36] Théophile OBENGA, L’Etat fédéral de l’Afrique noire, la seule issue, Conférence tenue à l’Université de Kinshasa en juin 2012. Vidéo en ligne sur www.youtube.com

[37] Christian LUKOKI, op.cit.

[38]Barnard Bret, op.cit., p.14.

[39] Boris Crylnik, « La résilience dans les situations extrêmes », Conférence tenue à l’Université de Nantes le 27 mai 2015. Vidéo en ligne sur www.youtube.com

[40] Edgard MORIN, La Méthode : 6. Ethique, Paris, Seuil, 2004, p.58.

[41] DAMBISA MOYO, Dead aid: Why aid is not working and how there is a better way for Africa, New York, Farrar, Straus & Giroux, 2009.

[42]ibid., p.XIX.

[43]Ibid., p.7.

[44] Kä Mana et Tshiunza Mbiye, « L’aide au développement peut-elle être le moteur pour l’émergence de l’Afrique et du Congo ? », in Sapientia : Revue pluridisciplinaire semestrielle, n° 1 (janvier 2016), Goma, Université Catholique la Sapientia de Goma, pp.96-110.

[45] KANKWENDA, cité par Emile BONGELI, op.cit.

[46] Kä Mana, Pour l’économie du bonheur partagé : Construire une société heureuse, Kinshasa, Les Editions du Cerdaf, 2014, pp.276-277.

[47] Frédéric LENOIR, La guérison du monde, Paris, Fayard, 2012.

[48] Matthieu Ricard, Conférence audio-visuelle citée précédemment

[49] Frédéric LENOIR, op.cit.

[50] J.B.Kenmogne & Kä Mana, op.cit., pp.5-6.

[51] Jean Ronald Legouté, Définir le développement : historique et dimensions d’un concept plurivoque, s.l., s.d., p.18.

[52] Cfr Bernard Conte, « Le concept de développement », en ligne sur www.conte.u-bordeaux4.fr

[53] ANONYME, Loi sur le développement durable : les principes, s.l., s.d.

[54] cfr Pierre BOURDIEU, Masculine domination, Translated by Richard NICE, s.l., s.d., pp.33-35.

[55] Etienne de LA BOETIE, Le discours de la servitude volontaire ou le Contr’un, s.l., 1549, p.5. En ligne sur http://classiques.uqac.ca

[56] DE LA BOETIE, op.cit., pp.58-59.

[57] CONFEDERATION SUISSE (Direction du développement et de la coopération), Agenda 2063. L’Afrique que nous voulons. Version populaire, 2ème édition, Août 2014.

[58] Anastasie MASANGA MAPONDA, op.cit., pp.146-147.

[59] Jean-Blaise KENMOGNE, L’éthique des liens. Pour une approche holistique du développement et de la vie, Yaoundé, Clé, 2014, pp.9-10.

[60] cfr Bernard Bret, « Développement. Définition », Hypergéo 2014.

[61] cfr Tryphon BONGA, « Le principe de solidarité comme condition fondamentale de l’émergence de la RD Congo », in Congo-Afrique, n° 502 (février 2016), pp. 113-129.

[62] Kä Mana, L’Afrique, notre projet, Yaoundé, Editions Terroirs, 2009, pp.110-111.

[63]ibid., p.33.

[64] Matthieu RICARD, Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance, Paris, Nil, 2013, p.712.

[65] Matthieu RICARD, op.cit., p.84.

[66] Marianne de Boisredon, Inventer une économie yin & yang. Témoignage d’une femme de terrain pour un monde plus juste, Paris, Presses de la Renaissance, 2006, p.7.

[67] Boris CRYLNIK, op.cit.

[68] Isabelle Lacroix et Pier-Olivier St-Arnaud, « La gouvernance : tenter une définition », in Cahier de recherche en politique appliquée, Vol.  IV, Numéro 3, Université de Sherbrooke, Automne 2012, p.24.

[69] Moreau Defarges cite par ibid., p.25.

[70] DEPARTMENT FOR INTERNATIONAL DEVELOPMENT (DFID) / Youth Working Group, Youth participation in development: A guide for development agencies and policy makers, London, DFID-CSO Youth Working Group, 2010, p.vi.

[71] ibid., p.13.

[72] Stephen COVEY, L’étoffe des leaders : Libérez créativité, talent et énergie chez vous et les autres, Traduit de l’américain par Cathérine Culilen, Coll. « J’ai lu. Bien-être », Paris, Editions First, 2006, p.221.

[73] Stephen COVEY, op.cit., pp.290-291.

[74]Ibid., pp.337-338.

[75] Emile Zola, cité par Marianne de Boisredon, op.cit., p.65.

[76] Clayton Christensen, Jeff Dyer et Hal Grerersen, Le gène de l’innovateur. Cinq compétences qui font la différence, Paris, Nouveaux Horizons, 2013, pp.27-145.

[77]ibid.

[78] E.MORIN, « La transdisciplinarité… et nous ? »,  in DEES 115 (mars 1999),  p.45.

[79] Clayton Christensen, Jeff Dyer et Hal Grerersen, op.cit.

[80]ibid.

[81]ibid.

[82]ibid.

[83] François (Pape), Lettre encyclique Laudato si’. Sur la sauvegarde de la maison commune, La Croix, La Documentation catholique, le 24 mai 2015,n° 23.

[84] Edgar MORIN, La Voie. Pour l’avenir de l’humanité, Paris, Fayard/Pluriel, 2012, pp.135-137.

[85] cfr Kä Mana, Changer la République démocratique du Congo, Bafoussam, CIPCRE Editions, 2012, pp.51-53.

[86] cfr Alain TOURAINE, Sociologie de l’action, Paris, Seuil, 1965, p.229 ; en ligne sur http://classiques.uqac.ca

[87] Matthieu Boussichas & Vincent Nossek, État des lieux statistique des Objectifs du Développement Durable (ODD) dans les PMA et les autres pays vulnérables, Fondation pour les études et recherches sur le développement international, 2014.

[88] Kä Mana, Pour l’économie du bonheur partagé…, pp.76-77.

[89] Cfr PLATON, Œuvres complètes : La République, Traduction nouvelle avec introduction et notes, par Robert BACOU, Paris, Librairie Garnier et Frères, 1936, pp.XLV-XLVII.

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6 Comments
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