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Boire : envie ou besoin ? : Préface de l’abbé Jacques Letakamba

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La consommation de l’alcool est un sujet de débat pertinent de tous lieux et de tous les temps. Certains disent que c’est déjà mauvais d’en prendre et d’autres que c’est mal d’en prendre trop. De toutes les manières, il y a quelque part dans les deux thèses une note péjorative : il se cache donc nécessairement quelque chose de vicieux dans la consommation de l’alcool. Les défenseurs prônent ses bienfaits sur la santé, l’humeur, le caractère et les relations humaines. Le camp contre brandit les dérives lors de l’ivresse, les méfaits de l’alcoolisme sur la santé physique et psychique, et le cortège de maux qui l’accompagnent du point de vue social. De ce fait, d’un même sujet il peut se dégager deux perceptions diamétralement opposées.

Cependant, il est évident que les conséquences néfastes de l’alcoolisme sont nettement visibles dans nos milieux : familles brisées, enfants non scolarisés, perte d’emploi ou difficulté à être embauché, maladies, accidents de circulation, bagarres, inconduites, sont, sans que la liste ne soit exhaustive, autant de méfaits de l’alcoolisme que nul ne pourrait nier. Pourtant, les défenseurs 2 12 de l’alcool soutiennent que tout ceci ne survient que dans l’excès et qu’une consommation modérée ne présenterait aucun danger mais procurerait même certains avantages. C’est ici que se trouve toute l’essence du débat. Où serait la limite entre consommation modérée et début de dépendance ; entre un consommateur simple et un consommateur dépendant ; entre boire et s’enivrer ; entre l’envie de boire et le besoin de boire ? L’histoire de Louis, le personnage principal de ce livre, nous montre clairement le pouvoir destructeur de l’alcool non pas seulement sur la santé, mais aussi sur la vie familiale, professionnelle, et sociale. L’auteur nous montre comment ce personnage que tout promettait à un avenir radieux, s’est laissé chavirer vers le large de l’alcoolisme et sombrer dans une dépendance qui ne dit pas son nom. Louis a commencé à boire comme tout « consommateur ordinaire » de l’alcool. Boire était pour lui une envie. Après, il est devenu un « consommateur abusif », ensuite un « consommateur en danger », et enfin un « consommateur dépendant ». Boire est alors devenu pour lui un besoin. En phase terminale, il était un « consommateur en instance de mort ».

Ce qui a mis la puce à l’oreille de son entourage, c’était le fait que la consommation de l’alcool devenait pour lui une religion, un rite qu’il devait exécuter chaque jour ; il venait de passer de « l’envie » au « besoin » de boire. Il n’est pas né alcoolique, il l’est devenu… Louis buvait au début parce que tout le monde buvait dans sa famille, puis parce qu’il voulait être admis dans une certaine catégorie de personnes de haut rang qu’il trouvait inaccessibles sinon. Il buvait pour impressionner ou par habitude, mais après, il a fini par boire parce que son organisme accoutumé réclamait de l’alcool.

On voit comment l’alcool affaiblit sa volonté, 2 13 anéantit ses décisions et doucement, l’assujettit et finit par le rendre prisonnier de ses bouteilles après plusieurs années de déni. Il sait que son comportement blesse ceux qui l’affectionnent, pourtant il essaie de se persuader qu’il n’y est pour rien. L’alcool venait de le cloitrer dans une prison psychique dont il ne pouvait s’extirper que par le secours de sa famille et des experts de la dépendance. Ainsi, des gouttes à gouttes venait de jaillir un torrent. On boit à l’excès pour une raison ou une autre, puis cela devient régulier, et enfin on se rend compte qu’on n’arrive plus à s’en passer. Boire devient alors un besoin. Cet ouvrage littéraire est réellement pertinent et combien pratique ! Il démontre comment il est aisé de sombrer dans le vice de l’ivresse et de l’alcoolisme ; il explique combien il devient difficile mais pas impossible d’en ressortir ; et donne des orientations sur la manière de soutenir ceux qui veulent quitter la dépendance. L’auteur nous aide à comprendre le comportement quelque peu autodestructeur des personnes dépendantes tout en nous présentant les limites claires au-delà desquelles la consommation de l’alcool devient dangereuse pour la santé physique et mentale.

Il donne également des explications scientifiques du lien entre la prise de l’alcool et le développement de certaines maladies, preuve d’une recherche fouillée. Le lecteur se trouvera emporté aussi bien par l’histoire des personnages, que par les réflexions un peu philosophiques de l’auteur qui ne se prive pas parfois d’aborder sans ménagement, les « sujets qui fâchent ». Le style simple facilite une lecture aisée et plaisante accessible à tous publics.

Abbé Jacques Letakamba Chancelier du diocèse de Goma.

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