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ETUDE COMPARATIVE DE LA CROISSANCE ET DU RENDEMENT DE CULTURE DE LA TOMATE Lycopersicum esculentum SUR UN SOL ENRICHI

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0. INTRODUCTION

Pour contribuer aux efforts de lutte contre la famine en améliorant la productivité agricole, cette étude axée sur le comportement des tomates en culture, sur le sol enrichi par certains déchets domestiques a été mise au point.
La famine; l’un des fléaux de l’humanité entraine plusieurs victimes dans les pays en voie de développement en particulier et le monde en général.
Entre 1983 et 1985, jusque vers le milieu des années 1990, une grande famine a touché le Lesotho, la côte orientale de l’Afrique et le Moyen orient avec plus de 1 million de personnes tuées en Ethiopie et un à deux millions de morts en Corée du Nord.
En 2004 et 2005, le Darfour, au Soudan et le Niger étaient particulièrement touchés par la famine. Au Niger, plus de 3, 5 millions de personnes dont 800 000 enfants étaient affectés, avec plus de 100 000 décès (JEAN-FRANÇOIS REVEL, 2002).
Avec la FAO, environ 16 000 enfants dans le monde meurent par jour de maladies liées à la faim et à la malnutrition. Entre 2007 – 2008, la crise alimentaire mondiale, avait pour origine une forte hausse du prix des denrées alimentaires de base. Cette hausse, a plongé dans un état de crise un bon nombre de régions les plus pauvres du monde en une instabilité politique et des émeutes ou soulèvements populaires dans plusieurs pays.
En 2011, au niveau de la Corne de l’Afrique, la famine a occasionné des centaines de morts par jour (HELENE DESPIC – POPOVIC, 2006).
De par le monde, pour lutter contre les carences en nutriments, plusieurs voies sont possibles: promouvoir une alimentation saine et diversifiée, enrichir certains aliments de base et supplémenter l’alimentation des populations vulnérables.
Dans le même processus, certaines politiques ou techniques non directement alimentaires dont les réformes agraires et la révolution verte sont proposées. Toute fois ces politiques peuvent avoir autant d’effets sur la population que des politiques à visée proprement alimentaire.
Les inconvénients de ces techniques, en terme des coûts relativement élevés, les pollutions, la salinisation et autres freinent forcément le développement. Dans ce processus, beaucoup d’autres pratiques fondent d’espoir sur le dernier avatar technique de la révolution agricole, des organismes génétiquement modifiés, (O.G.M.) (Laurence ROUDART, 2015).
Dans les écosystèmes locaux à l’instar des jardins parcellaires et les espaces verts des milieux urbains, comme la ville de Bukavu, la lutte intégrée avec le recyclage de certains déchets domestiques par leur réutilisation dans l’amendement de sol de culture, constitue un moyen de taille pour augmenter la productivité agricole, et faire face à la carence alimentaire.
Avant toute investigation sur terrain, il a été signalé pour cette étude que les matériaux contenus dans les déchets domestiques, systématiquement préparés et réutilisés amélioreraient la productivité agricole par l’augmentation de la valeur agronomique du sol et du rendement de la tomate en culture.
Le choix était porté sur la tomate car elle est l’un des légumes très couteux et consommé d’une façon majoritaire dans la ville de Bukavu. Parmi tant d’autres, la variété ciblée était Roma VF.
Le choix de cette variété s’était justifié suite à certaines raisons, notamment:
– Elle est populaire dans son groupe, son genre et son espèce mais rare dans les milieux urbains;
– Son pouvoir alimentaire encourage les consommations;
– Sa résistance aux maladies et parasites comme les Nématodes et Fusarium,
– Sa haute productivité et ses exigences moins couteuses.
Cette étude est ainsi utile dans un premier temps aux agriculteurs, en leur fournissant des conseils dans le but d’améliorer les rendements en tomates, produit de première nécessité dans l’alimentation humaine avec la réutilisation systématique des déchets domestiques. Dans un second temps, cette étude servira de modèle aux autres chercheurs.
II. MATERIELS ET METHODES
Sur terrain, nous avons utilisé une diversité des matériels, de méthode et des techniques.
Les matériels sont notamment:
 Les matériels biologiques dont les semences ou graines et les plantes de la tomate.
Cette tomate appartient:
– Au Règne : Végétal
– A l’embranchement des : Spermatophytes
– Au sous embranchement des : Angiospermes
– A la classe des : Dicotylédones
– A la sous classe des : Gamopétales
– A l’ordre des : Scrofulariacées
– A la famille des : Solanacées herbacées
– Au genre : Lycopersicum
– A l’espèce : esculentum
– A la variété : Roma VF
D’où le nom de l’espèce végétale cultivée: Lycopersicum esculentum Roma VF.
 Les matériels non biologiques dont,
*1. Le milieu expérimental ou milieu d’étude
Le milieu expérimental ou jardin de culture était à l’I.S.P. / Bukavu, derrière le bâtiment administratif à environ 1650 m d’altitude. Ce jardin jouissait des conditions climatiques «identiques» à celles de la ville de Bukavu.
La température y était modérée par la présence du lac Kivu, le relief était accessible aux conditions écologiques acceptables. Le sol de ce site était rouge – brun et non occupé par un autre solanacée, pendant les deux années passées pour éviter le taux élevé des maladies.
Le terrain de culture étant plat, l’érosion y était par conséquent nulle (CHAMAA, 1981).
*2. Les déchets domestiques ou engrais pour amendement du sol. Ces engrais étaient le fumier de vache, le compost et l’engrais flamand. Pour chacune des catégories d’engrais, on avait utilisé 60 kg pour une surface de 3,36 m2 soit 178571,4 kg ou 178,5 tonnes par hectare.
*3. Les matériels de culture avec leur usage, ce sont:
– Les godillots ou bottes: grosses chaussures, assurant la protection du corps
contre les épines, les morceaux des verres et des animaux farouches comme le serpent.
– Une machette et le coupe- coupe: pour défricher et chercher le bois servant à la
confection du germoir.
– La houe, pour le labour, sous une profondeur, d’environ 30 cm et la destruction
des mauvaises herbes.
– Le trident, pour le labour en profondeur et division du sol en petites mottes,
pour faciliter l’aération.
– Le râteau, pour collecter les herbes enlevées et ratisser le sol.
– Une corde, un mètre ruban et des morceaux du bois ou piquets, utilisés pour le
mesurage et la délimitation du terrain en plates – bandes.
– Une bêche, pour faciliter le mélange du sol avec les engrais et la délimitation
des plates – bandes.
– Les sacs, le seau, la brouette pour transporter les engrais.
– Les bassins, le bidon, le gobelet et arrosoir pour transporter l’eau au jardin et
faciliter l’arrosage; parfois pour l’aspersion des pesticides sur les plantes.
– Le sulfate de cuivre, pour lutter contre les insectes et le mildiou qui attaquent
les plantes en culture.
– Le couteau et lame de rasoir pour cueillir les fruits lors de la récolte,
– La balance, pour peser les fruits ou la récolte.
– Une latte de 30 cm pour mesurer la longueur de la tige et faciliter les mesures
des feuilles. (Longueur et largeur des feuilles).
– Du bois, la paille (feuillage) et des cordes; pour construire le germoir et couvrir
les plates-bandes, les plantules en pépinière et les plantes en culture en vue de les protéger contre les fortes pluies et l’insolation exagérée.
Comme les matériels les méthodes et techniques utilisées étaient diversifiées; c’étaient notamment:
*1 Le défrichage
Il a débarrassé le terrain de la végétation préexistante, constituée par des hautes herbes où s’abritent des insectes farouches comme les abeilles.
*2. Le labour
L’opération consistait à remuer le sol jusqu’à une profondeur d’environ 30cm et prendre soins d’enlever les restes des racines et herbes, pour ramollir la terre, favoriser la pénétration et la croissance des racines ainsi et aérer le sol.
*3. La Délimitation du terrain en plates – bandes
Cette opération a divisé le terrain expérimental en 5 plates – bandes juste après le labour. Ces 5 plates – bandes étaient respectivement désignées par les lettres T, F, C, Fu et G selon la légende.
L’un de ces 5 plates – bandes, désignée par (G) avait 1,50 m de longueur et 80cm de largeur, il était le germoir. Les autres quatre avaient respectivement 2,80 m de longueur et 1,20 m de largeur. Elles avaient servi la culture proprement dite.
Trois parmi les quatre plates-bandes étaient expérimentales et respectivement amendées avec l’engrais flamand, le compost et le fumier. La quatrième avait servi de témoin.

Légende:

T          : Plate – bande témoin

F         : Plate – bande amendée avec l’engrais flamand

C         : Plate – bande amendée avec le compost

Fu       : Plate – bande amendée avec du fumier

G         : Plate – bande servant de germoir

N         : L’orientation Nord par rapport à notre jardin

: Place prévue pour mettre la graine (au germoir) et les plantules lors du repiquage (sur les autres quatre Plate bandes).

: Carreaux,

  • De 40 cm de côté, montrant la distance ou l’écartement de 40 cm entre deux tomates en culture.
  • De 5 cm de côté, montrant la distance ou l’écartement de 5 cm entre deux graines lors du semis sur le germoir.

*4 La préparation du substrat ou des engrais

Avec IGATIEF, F.A.O., 1959 l’utilisation d’engrais organiques exige leur décomposition totale.

Pour ce faire, la préparation du substrat ou des engrais consistait à les entasser, les enfouir dans le sol et couvrir l’ensemble avec les feuillages pendant sept semaines. Dans ces conditions, ils étaient bien décomposés, devenant alors pour la plante cultivée, source d’alimentation et des matières nécessaires, moins chères et faciles à produire.

Dans la pratique de cette préparation, nous avions quatre types de sol, le premier était mélangé avec l’engrais flamand, le second avec le compost, le troisième avec du fumier et le quatrième était le sol témoin.

*5.L’épandage des engrais dans le sol

L’épandage des engrais était en poquet. Les poquets préparés avaient 25 cm de profondeur et 15 cm de diamètre.

*6. Le semis

Il a consisté à introduire les graines dans le sol du germoir, en respectant l’écartement de 5 cm dans les trous d’un centimètre de profondeur pour les protéger contre les chaleurs intenses et fortes pluies.

*7. Le repiquage

Cette opération a eu lieu sept semaines après l’épandage d’engrais, à la suite de leur complète décomposition et six semaines après l’ensemencement, conformément aux spécificités de la variété cultivée. Au moment du repiquage les plantules avaient une hauteur de 20 cm en moyenne.

*8. Le paillage

Il consistait à couvrir les plates – bandes, surtout autour des plantes pour les protéger, lutter contre l’érosion, les rayons solaires intenses et la croissance des adventices ou mauvaises herbes.

*9. L’arrosage

Il était régulier, le matin et le soir, cela en petite quantité.

Pendant la floraison et la fructification, on évitait les crises d’eau. Et en arrosant, on prenait beaucoup soins de modérer l’humidité dans le jardin.

*10.Le sarclage

Il consistait à enlever des adventices ou mauvaises herbes pour faciliter l’aération des plantes en culture, réduire la compétition et éviter les pertes des nutriments dans le sol.

*11.Le binage

Il consistait à détruire la croute superficielle du sol pour son aération, sa perméabilité à l’eau et le ralentissement de l’évaporation.

Aussi il consistait à ramener le sol autour des tomates pour les protéger contre le vent et éviter la croissance des racines à la surface du sol ainsi que réduire les pertes d’eau en diminuant la surface de transpiration.

*12.La taille

Autrement appelée châtrage, la taille consistait à enlever de la plante des branches et tiges secondaires, des bourgeons qui apparaissent tardivement, surtout au pied de la plante et certaines feuilles jaunies ou affectées par les maladies.

La taille permet de régulariser la croissance de la plante en augmentant le volume de fruit pendant la fructification.

Elle est trop exigeante et dépend de plusieurs facteurs dont l’humidité relative du sol et l’état de la plante (WAIT JENBERG H., 1981).

Par son importance, avec WAIT JENBERG H, lors de la taille, on évitait de le pratiquer en temps humide et après une pluie car les blessures dues au châtrage résistent mal aux maladies infectieuses.

*13.Le tuteurage

Il consistait à enfoncer les supports ou tuteurs dans le sol à une profondeur de 30 à 40cm; avant le repiquage des plantules pour ne pas abimer leurs racines dans le sol si on le faisait après. Les tuteurs utilisés, avaient 120 à 1,50m de longueur.

*14. La technique d’analyse du sol

Celle-ci avait été réalisée au laboratoire d’INERA MULUNGU. Cette analyse avait permis d’évaluer le niveau de fertilité des sols servant à la culture après l’apport d’engrais.

*15. L’échantillonnage

Il consistait à prélever en couches allant de la surface à quelques 25 cm en profondeur, à l’aide d’une bêche un peu de terre à différents endroits engraissés de la plate – bande. On mélangeait ensuite ces prises pour constituer ainsi l’échantillon à analyser.

*16. La mesure de la croissance par la détermination des dimensions des feuilles

Lors des observations hebdomadaires, la détermination des dimensions des feuilles sur les différentes plates – bandes, consistait d’abord à choisir la plus grande feuille de chaque plante, on mesure sa longueur, puis faire un rapport de la moyenne des longueurs avec celle des largeurs prélevées.

*17. La récolte

En principe, la récolte doit être faite à la maturation de la plante en général et des fruits en particulier, à l’abri de la rosée (WAIT JENBERG H., 1981) mais compte tenu de certaines situations, comme le vol au jardin, la pourriture due à la période de pluies, et la facilité de transport, la récolte était réalisée avant la maturation complète des fruits.

Cette récolte était régulière, progressive et les fruits étaient toujours récupérés par leurs pédoncules.

*18. Techniques de conservation et de pesée des fruits

Après leur cueillette, comptage et pesée, pour conserver les fruits, on les couvrait convenablement en les écartant de toute humidité.

Ainsi, on trouvait des facilités à exprimer le rendement de chaque plate – bande en fonction du nombre et poids des fruits récoltés.

III. LES RESULTATS ET LEURS INTERPRETATIONS

3. 1. Aperçu

Les résultats ont porté sur l’analyse du sol; le comportement hebdomadaire des plantes sur les plates – bandes en rapport avec la croissance de la tige en fonction de la variation de sa longueur, l’aspect et le nombre des feuilles, leurs dimensions à partir du rapport longueur sur largeur, leur couleur, ainsi que le rendement à partir du nombre et poids des fruits récoltés.

3. 2. L’analyse du sol au laboratoire de l’INERA – MULUNGU

La nature du sol est un facteur qui rend compte la valeur agronomique du sol et facilite le processus d’amélioration de la productivité agricole. Elle est évaluée à partir de la teneur des éléments fertilisants contenus dans le sol.

Sur le terrain expérimental, le laboratoire de de l’INERA – MULUNGU a facilité la détermination de la teneur en éléments fertilisant, selon le tableau No. 1, ci – dessous.

Orienté par BAUFNS (1960) en collaboration avec le laboratoire de L’OPAK (Office de Production Agricole du Kivu),

  • Pour des quantités suffisantes d’eau et de matières organiques, la fertilité du sol

est bonne sur les endroits où le pH est supérieur à 5,5 et très bonne sur ceux ayant un pH au – dessus de 6,5.

  • Une teneur de 7 à 20 pmm en P, maintient une moyenne de fertilité du sol; mais les teneurs supérieures à 20 pmm sont responsables d’une fertilité élevée. D’où: l’amendement du sol a contribué à l’amélioration du sol. Ce sol était donc propre à l’agriculture. Le pH du sol était très bon, même dans le sol témoin.

Et la teneur en phosphore était élevée dans le fumier, suivi de l’engrais flamand et enfin du compost.

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